Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Maison d'Ailleurs s'entrouve à Yverdon pour des groupes de quatre personnes

Visite privée! Avec ou sans apéritif après. Marc Atallah veut continuer à faire vivre légalement son musée, où il reçoit par ailleurs des classes d'école.

"Je est un monstre". Un dessin de Benjamin Lacombe.

Crédits: Benjamin Lacombe, Maison d'Ailleurs, Yverdon-les-Bains 2021.

En ces temps de vaches maigres, vous ne pouvez théoriquement plus vous rendre dans un musée, une galerie, un disquaire (si si, il y en a encore!) ou une librairie. Théoriquement! Il existe en effet le «click and collect», dont nul n’a fixé l’étendue officielle. Rien ne vous empêche de prendre un rendez-vous, par courriel ou par téléphone, pour découvrir un accrochage chez votre galeriste préféré. Il existe toutes sortes d’accommodements avec le Ciel. Certains se contentent même de taper du doigt contre la vitre pour voir si quelqu’un vient leur ouvrir. J’ai ainsi récemment admiré, rue de Carouge à Genève, un monsieur essayant sur le trottoir, en s'appuyant au mur, les paires de souliers que le marchand lui apportait boîte après boîte. Il en a choisi une. Il a payé de la main à la main. Le colis a été obligeamment emballé à l’intérieur, et le monsieur est reparti avec, sans avoir posé ne serait-ce qu’un orteil dans le magasin. C’est ce qui s’appelle trouver chaussure à son pied.

Mais avec un musée, comment faire? En principe tous sont bouclés depuis le 23 décembre, à l’exception (culturelle) de ceux des cantons de Vaud et de Neuchâtel, qui ont bravement tenu le coup jusqu’au 3 janvier. Le bouclement fédéral durera jusqu’au 28 février au moins. On en saura davantage ce mercredi 17 février. Mais rien n’empêche formellement une visite privée sur demande. A Genève toujours, le Musée Rath a ainsi autorisé en janvier quatre personnes à prendre un rendez-vous afin de parcourir l’exposition Boissonnas, ouverte alors jusqu’au 28 février, et aujourd’hui prolongée jusqu’à la fin mars. Avec le guide, le nombre arrivait à cinq, chiffre maximal autorisé par la Confédération pour lutter contre la pandémie. D’autres arrangements ont sans nul doute été possibles ailleurs. Il suffit que les portes soient bien fermées, le rendez-vous pris à l’avance et de rester un «Club des cinq», comme dans les vieux romans pour enfants d’Enid Blyton (1897-1968).

Gérer la fréquentation

La Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains y va, elle, plus franchement sans sortir de la (provisoire) légalité. Il faut dire que son directeur Marc Atallah a toujours milité pour une institution ouverte, en dépit de la crise sanitaire. «Un petit musée ne présente aucun risque majeur.» Il suffit pour lui se savoir gérer son établissement, «dont la fréquentation n’est forte qu’au début d’une nouvelle exposition, durant les vacances scolaires et pendant les week-ends.» L’homme propose donc aujourd’hui d’accueillir des groupes constitués de quatre personnes. En tant qu’animateur et guide, Marc est le cinquième. Il y a en plus, à d’autres moments, des classes venues sur inscriptions. «Rien n’interdit les activités culturelles et sportives dans les écoles.» En respectant les distances, la Maison d’Ailleurs, qui se déploie sur trois étages plus l’Espace Jules-Verne, pourrait même accueillir trois volées scolaires en même temps…

Marc Atallah, Photo Babelio.

Mais comment les chose se passent-elles avec des visiteurs adultes, venus en groupe de quatre? «Je les accueille. Il y a une visite avec explications et questions. Il est possible de prolonger la visite. Dans le vaste Espace Jules-Verne il y a alors cinq petites tables dressées pour un apéritif ou un repas fourni par un traiteur.» La chose devient, comme on dit en bon français, «dînatoire». Ainsi que le fait remarquer Marc Atallah, rien n’empêcherait un propriétaire de cinéma de proposer le même genre de services. Il faut juste respecter les règles et les distances.

Maintenir le contact

Bien entendu, la chose n’est pas rentable. «Le tarif pour la visite reste de 120 francs.» Alors, pourquoi proposer ce genre de visites? Très simple. «D’une part, le musée continue à vivre. De l’autre, nous maintenons le contact avec notre public de base, que nous fidélisons.» La Maison d’Ailleurs va tenter pareillement de créer une forme «plus réduite, mais récurrente» des Numeriks Games, finalement annulés en 2020. Il y aura sans doute du «streaming». Mais pas seulement. Mieux vaut une continuité, même modeste, à des ruptures dont il est encore difficile de mesurer les conséquences. Et à propos, les expositions «Je est un monstre» et «Rock Me Baby» devraient d’ores et déjà se voir prolongées jusqu’au 1er février 2022 (la fin était initialement prévue le 24 octobre). Voilà qui nous laisse tout de même du temps. Je termine donc en vous renvoyant au site du musée «de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires», qui affiche sur sa page d'entrée NO CULTURE NO FUTURE. C’est www.ailleurs.ch

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