Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Maison d'Ailleurs rouvre ce mardi à Yverdon. Mais sous quelles conditions?

L'institution dirigée par Marc Atallah pourra accueillir jusqu'à 50 personnes à la fois. Un chiffre qui ne la changera pas de l'habituel. Nous sommes dans un petit musée.

Une affiche pour "Mondes (im)parfait".

Crédits: Maison d'Ailleurs, Yverdon 2020.

On ne l’a pas beaucoup vu ces derniers temps, vu le confinement. Mais on l’aura beaucoup lu et entendu. Directeur de la Maison d’Ailleurs d’Yverdon, vouée à la science-fiction, aux utopies et aux voyages extraordinaires, Marc Atallah semblait l’homme de la situation actuelle. Les médias lui ont donc demandé de jouer les prophètes. Une preuve qu’on peut le devenir dans son pays. Que va-t-il se passer demain et après-demain? Dites-le nous, monsieur Atallah. Je vous rassure tout de suite. Il ne va pas être question ici d’un avenir planétaire par définition incertain. En ce mardi 12 mai, c’est la Maison d’Ailleurs qui rouvre après deux mois de silence. Du concret!

Marc Atallah, comment avez-vous réagi aux fermetures imposées en Suisse le 13 mars?
Nous n’avions pas le choix. Je n’étais cependant pas favorable à cette interruption. Les musées se révèlent rarement surpeuplés en Suisse. Quand nous avons 50 personnes en même temps dans le nôtre, nous approchons d’un record. Une grosse journée, pour la Maison d’Ailleurs, c’est quand 250 visiteurs se présentent entre 11 heures et 18 heures. Il eut donc été selon moi imaginable de rester en activité tout au long du confinement au prix de quelques aménagements. Cela ne s’est pas révélé possible. Il a fallu se soumettre à une décision globale un peu dure pour les petites institutions.

Que s’est-il passé pendant cet ensommeillement?
Mais nous ne nous sommes pas endormis! Notre boutique en ville a par exemple livré les commandes à domicile. Ce qu’il fallait surtout éviter, c’est de perdre le contact amical avec le public. Ce dernier a du reste bien compris nos efforts. Nous avons reçu des messages de sympathie. Les gens ont compris qu’on ne les abandonnait pas. Je pense que cela fait partie de la loyauté qu’il faut garder avec les usagers lorsqu’on exerce un service public. Il nous fallait aussi se montrer présent sur le Net. Nous l’avons été dès le deuxième jour. Ce n’est pas important que pour nos seuls visiteurs. Nos partenaires habituels ont bien réagi, alors que nous recommencions à zéro avec une nouvelle thématique après l’annonce du report à la fin de l’automne des Numerik Games.

Nous reviendrons plus tard sur ceux-ci. Restons-en au musée proprement dit. Comment va se passer cette rentrée?
La boutique et le musée rouvrent le mardi 12 mai. Nous ne savons absolument pas comment les gens vont se comporter. Se précipiteront-ils, ou non, sur les offres culturelles muséales, alors que celles-ci vont rester inexistantes dans d’autres domaines comme la musique ou le théâtre? L’exposition «Mondes (im)parfaits» reste bien sûr au programme. Mais il a fallu adapter nos visites. Des groupes de cinq au maximum. Nous avons testé quatre activités possibles. Il y a le parcours avec Ipad pour les enfants. Les visites guidées sur réservation. Les «escape» consistant en un jeu qui doit permettre à ses participants de sortir d’un lieu. Les anniversaires. Le tout au milieu des visites individuelles, naturellement. Il a fallu sécuriser tout cela.

Marc Atallah. Photo RTS.

Comment?
En comptant les mètres carrés pour maintenir les distances sociales. Dix mètres au minimum pour chacun. Comme nous nous développons sur 500 mètres carrés, cela donne 50 personnes. Nous avons aussi voulu rassurer le public par des masques et des gants.

Passons maintenant aux Numerik Games, qui se déroulent en août. Vous avez dû les repousser…
...et cela a tout changé. Le lieu, pour commencer. Nous quitterons le Swiss Technopole, cette fois, pour revenir au centre ville où s’est déroulée la première édition. Nous utilisons tous les bâtiments publics possibles, du château à l’église en passant par le théâtre. Les joueurs se retrouveront fatalement parmi d’autres gens, sauf sous des tentes chauffées. L’idée de périmètre exclusif va du coup se perdre. Il nous a aussi fallu modifier le thème de l’année. Nous allons adapter les Jeux au sujet de la prochaine exposition, qui commencera précisément en novembre. Elle traitera des monstres, qui ont avec le temps passé du phénomène magique au handicap, la transition s’opérant quelque part au XIXe siècle. L’exposition fera du coup partie des Numerik Games de 2020. C’est à ce moment-là qu’elle se verra lancée.

Les dates, pour terminer.
Ce sera du 13 au 15 novembre.

Pratique

Les sites. Pour la Maison d’Ailleurs www.ailleurs.ch Pour les jeux www.numerik-games.ch La Maison d’Ailleurs se trouve 14, place Pestalozzi à Yverdon-les-Bains. Tél. 024 425 64 38. Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. L’exposition «Mondes (im)parfaits» dure jusqu’au25 octobre. Je vous en ai parlé le 7 février https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/la-maison-dailleurs-reunit-a-yverdon-des-mondes-imparfaits-attention-aux-utopies

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."