Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Maison d'Ailleurs d'Yverdon est dans la tourmente. Mais pourquoi elle?

L'article de "Blick" vise le directeur Marc Atallah. L'affaire sent le règlement de comptes. Pourquoi s'attaque-t-on toujours en Suisse romande aux gens brillants?

Marc Atallah dans la Maison d'Ailleurs. Avec sa casquette, naturellement!

Crédits: Odile Meylan, 24 Heures.

Je n’ai pas été surpris. Je savais depuis plus d’un mois que «Blick» préparait une enquête tournant autour de la Maison d’Ailleurs d’Yverdon. Quelque chose de bien saignant sur son directeur Marc Atallah, en place depuis dix ans. Le journal, qui vient de créer son antenne romande, n’a jamais travaillé dans la dentelle. Il lui faut marquer son terrain de ce côté de la Sarine. Il devient du coup question sous la plume d’Amit Juillard d’engagement de proches, de maltraitance du personnel, de salaire abusif, de liens politiques suspects et même de plagiat. Le tout ensemble. Servez chaud. Par ici la bonne soupe…

Marc Atallah, qui fait partie des autorités à l’université de Lausanne (où il enseigne en Lettres) comme à la Maison d’Ailleurs, se retrouve du coup mis dans de beaux draps. Une enquête a été décidée. Elle commencera fin août après des «Numeriks Games» émanant d’une institution dont le champ va du coup de la science-fiction aux nouvelles technologies. La toute nouvelle municipalité veut faire la lumière. Marc Atallah se dit favorable à un tel déballage. Inutile de dire que «Blick», qui s’est toujours comporté à la manière d’un pitbull, ne va pas relâcher la pression. Le quotidien en ligne affirme que le syndic arrivant et sa vice-syndique «jouent ici leur crédibilité.» Quant à Amit Juillard, il a fait de l’affaire sa cause, pour se pas dire sa chose. Pour lui, avoir suscité l’enquête «n’est pas rien». Tout cela sent mauvais! On ne se méfie jamais assez des justiciers.

Comparaison genevoise

Le psychodrame qui éclate en plein été (même s’il s’agit d’un été pourri) m’amène cependant à plusieurs réflexions désagréables. La première est comparative. Quand le directeur du Musée d’art et d’histoire genevois (MAH) se voit accusé d’incompétence et de mauvaise gestion humaine amenant à des dépressions et arrêts maladie (1), il se voit couvert par son magistrat, qui se protège du coup lui-même. Il n’y aura pas d’enquête à son propos. L’actuel bilan de Marc-Olivier Wahler me semble pourtant bien mince et contestable par rapport à celui de Marc Atallah, qui a fait de la Maison d’Ailleurs un lieu de référence suisse et même européen. Son envergure médiatique a de plus beaucoup fait pour Yverdon.

Il me faut ensuite bien constater que la petite cité vaudoise accumule les problèmes. Avec Karine Tissot pour créer son centre d’art contemporain (le CACY), une ancienne municipalité avait eu la main particulièrement heureuse. Difficile de trouver plus dynamique que cette suractive. En un tour de main, la femme avait créé non seulement un nouvel endroit, mais tissé d’innombrables liens dans le Nord-Vaudois. Il se passait, généralement en collaboration, des choses partout. Or Karine est partie pour le CHUV à Lausanne, où elle a développé la culture visuelle en milieu hospitalier (2). Son remplaçant se montre plutôt léthargique, ce qui n’a pas l’air de déranger la Ville. La vie du Château n’est pas demeurée un long fleuve tranquille. L’ancienne directrice France Terrier s’est vue poussée vers la sortie. On souhaite bonne chance à son successeur Vincent Fontana, nommé en 2020. Yverdon n’a par ailleurs jamais été foutu de concrétiser son Musée de la mode faute de volonté politique, voire de volonté tout court.

Inactivité acceptée

Mon dernier mot sera pour le public, qui reste après tout le destinataire des musées. Faut-il une maison (d’Ailleurs ou non), avec parfois quelques problèmes mais bouillante d’inventions, ou une Belle au Bois dormant victime des somnifères municipaux? C’est vrai, après tout! L’inactivité ne gêne jamais les édiles. Comment peut-on tolérer à Neuchâtel un Musée d’art et d’histoire aussi triste et vide, faute d’une réelle direction? En vertu de quoi Genève laisse-t-elle dériver le MAH et bientôt le MEG pourvu que la chose ne fasse pas trop de vagues? Faut-il vraiment laisser dans le coma le Musée d’art et d’histoire de Fribourg? Et que devient à propos le Musée de Carouge? Apparemment envolé! Avec Marc Atallah, Yverdon possède au moins un vrai directeur de musée. Il n’y en a pas tant que ça dans notre région. Alors il faudrait peut-être faire attention.

(1) Une conservatrice en chef du MAH ferait partie des dernières victimes.
(2) Karine va diriger à Genève la politique du livre, qui dépend du Canton. Je devrais bientôt publier un entretien avec elle.

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