Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La galerie Xippas présente la photographe Bettina Rheims à Genève. Trash, bien entendu!

A bientôt 66 ans, la Française ne quitte pas la vedette. Xippas en propose des images iconiques datant des années 1990 ou 2000. Il est permis de se demander si un goût aussi marqué pour le "porno bourge" serait encore toléré aujourd'hui.

Monica Belluci et le ketchup.

Crédits: Bettina Rheims, Xippas 2018

Elle fait partie des artistes de la maison. Bettina Rheims expose donc assez souvent dans l'une des antennes de Xippas. Voici la photographe à Genève, où elle occupe les deux espaces de la galerie. Il faut aussi dire que ses tirages (limités à cinq, voire à trois exemplaires pour le commerce, ce qui reste peu) se révèlent plutôt grands. Quant à son installation, côté rue du Vieux-Billard-rue des Bains, elle occupe une cabine entière. La petite pièce se voit couverte, plafond compris, de fragments immenses, lacérés avec soin par l'artiste. Rien que des images de femmes, bien entendu, mais réduites à l'état de lambeaux. Bettina aime bien ce qui fait un peu trash.

Tout a déjà été dit sur la dame, qui fêtera le 18 décembre ses 66 ans. Il faut dire qu'elle a su solidement tenir en selle depuis ses débuts en 1978 avec des strip-teaseuses et des acrobates. Pas d'année, ou presque, sans que la presse parle d'elle. La dernière fois c'était à l'occasion de la publication de «Détenues», réalisé en collaboration avec des prisonnières. Avec elle, il faut toujours qu'il y ait du sensationnel. Bettina a le chic pour créer l'élément qui choque. La chose a failli lui valoir une claque en 1999 avec «INRI». L'artiste y racontait le Nouveau Testament dans un style post-punk déjanté avec tout ce qui était à la mode cette année-là. Ses images particulièrement racoleuses avaient d'autant plus suscité l'ire des intégristes catholiques qu'il y avait de l'argent de l'Etat derrière. Bettina est toujours restée bien en Cour. Les choses n'ont du reste guère changé par la suite. Cela dit, dans le genre érotico-religieux, David LaChapelle est parvenu à faire bien pire depuis...

Clichés célèbres

Je l'ai ainsi suggéré. Bettina Rheims est ce que l'on appelle une femme de réseau. Elle le doit à sa naissance. La photographe est la fille de Maurice Rheims, le commissaire-priseur devenu académicien français. Apparentée aux Rothschild, elle est aussi la sœur de Nathalie Rheims, la compagne de Claude Berri. La Parisienne connaît les stars du cinéma, de la littérature ou des podiums de la mode. Elle a enfin été la femme de Serge Bramly, un écrivain avec lequel il lui est arrivé de collaborer, notamment pour le calamiteux «INRI». Son nom de famille devient si connu qu'il m'est arrivée de voir la ville de Reims orthographiée avec un «h» médian. Que souhaiter de plus? C'est le comble de la gloire!

Xippas a repris pour Genève un certain nombre de clichés célèbres. Le plus ancien doit sans doute être la photo iconique, encore en noir et blanc, d'une Charlotte Rampling au sommet de sa splendeur. La composition reste encore sobre, même si l'actrice a une main sur le sein. Autant dire qu'elle commence sérieusement à dater. Viennent aussi des extraits de la série «Chambre close», pour lequel Bettina avait sollicité 90 inconnues dans la rue, trois ayant finalement accepté de jouer les belles de jour. On sait que Madonna, qui n'en est plus à un coup médiatique près, avait alors demandé à poser dans le même genre de tenue et la même chambre... mais reconstituée aux Etats-Unis. Bettina s'était déplacée en Concorde avec des photos des papiers peints décatis. Je vous l'ai déjà dit. Avec elle, il faut toujours qu'il y ait un élément sordide. Un canapé troué. Un tableau de travers. Inutile de préciser que la chanteuse en avait remis sur le vulgaire. C'est chez elle comme une seconde nature.

Poses aguicheuses

Il y a aux cimaises bien d'autres portraits déjà très vus. Ils vont de Milla Jovovich à Claudia Schiffer en passant par Karen Mulder. Des dames dont l'avenir se trouve aujourd'hui derrière elles. La galerie a choisi comme emblème une image de Monica Belluci. Rouge sur rouge. L'Italienne vêtue de carmin n'a pas peur du ketchup pour arroser ses spaghettis. Pose aguicheuse, bien sûr. Je ne vais pas vous le répéter une troisième fois, mais Bettina aime ce qui titille au dessous de la ceinture. Elle demeure la reine du «porno bourge», dont le roi fut un temps Tom Ford pour Gucci. C'est d'ailleurs intéressant de noter que la plupart des œuvres présentées datent du début des années 2000, pour ne pas dire du millénaire dernier. Il serait intéressant de voir comment ce style pétasse très assumé passerait aujourd'hui la rampe. Surtout si le photographe était un homme. Avec «Détenues», dont il ne se retrouve rien aux murs de Xippas, et surtout grâce à la littérature allant avec, il est donc permis de se demander si Bettina ne tente pas de se refaire une tardive virginité.

Pratique

«Bettina Rheims», galerie Xippas, 6, rue des Sablons, 61, rue des Bains, Genève, jusqu'au 12 janvier 2019. Tél. 022 321 94 14, site www.xippas.com Ouvert du mardi au vendredi de 1h à 18h30, le samedi de 12h à 17h.

P.S. Un certain nombre de lecteurs m'ont demandé comment accéder aux articles anciens de cette chronique, le site n'indiquant de manière claire que les sept dernières contributions avec ma photo. C'est très simple. Il suffit de cliquer sur mon nom en faut de l'article. La liste apparaît alors, en allant du plus récent au plus ancien.

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