Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La galerie Wilde montre à Genève les dessins miniatures de Fabien Mérelle

L'artiste français est de retour avec des compositions méticuleuses dont il est le protagoniste. A découvrir sur place ou dans un livre illustré paru sur lui l'an dernier.

L'un des dessins exposés chez Wilde.

Crédits: Fabien Mérelle, photo fournie par la galerie Wilde, Genève 2020.

Il revient chez Wilde, puisqu’il était auparavant présent dans la galerie de Guy Bärtschi. On sait que le lieu en arrive à son troisième nom à la rue des Vieux-Grenadiers. Fabien Mérelle n’a pas changé de style pour autant. A 39 ans, le Français livre toujours ses dessins finis comme des miniatures. Seuls la dimension et les prix ont augmenté en dix ans. L’homme donne aujourd’hui des feuilles de taille parfois respectable, avec toujours autant de place laissée au blanc. Les arbres, les animaux, la famille et Fabien se représentant lui-même se contentent ainsi d’une part congrue de chaque œuvre. C’est comme s’ils étaient entourés par large une zone de silence pour mieux pouvoir s’exprimer.

Je vous ai plusieurs fois parlé du Français, que j’ai vu pour la première fois en 2008 au "Salon du dessin", où l’exposait parmi d’autres Nicolas Silin. Le débutant semblait très à son aise dans cette prestigieuse manifestation consacrée à l’art graphique traditionnel. Aujourd’hui encore, Fabien Mérelle touche d’ailleurs trois sortes d’amateurs normalement bien distincts. Il se situe aux confluents de l’art ancien, de la création contemporaine et de la photographie. Ceux qui le connaissent encore mal pensent au départ à un tirage (aux flous très artistiques) d’un négatif argentique. Il faut le coup d’œil pour déceler les traits, d’une dimension infime. Un autre regard, de biais cette fois, me semble ensuite nécessaire afin de détecter les aplats de noir. Oui, il y a bien une brillance due à la mine utilisée! C’est donc un dessin!

Le retour au "beau métier"

A Genève, où il réapparaît pour la troisième fois depuis 2010, Fabien Mérelle propose de nouvelles images de lui-même et des siens. Une femme et trois enfants, aujourd’hui qu’il s’est installé à Tours. Lui-même se reconnaît à son apparence dégingandée et à son pyjama aussi rayé qu’une œuvre de Daniel Buren. L’homme se montre dans toutes les positions, souvent de profil. Je ne sais pas pourquoi ses allées et venues répétées me font penser aux photo-montages de Gilbert Garcin, qui faisait lui partie des aînés de la création française. A cause des silhouettes comme détourées, sans doute. Mais aussi en raison d'un sentiment général d’absurdité. Ou du moins de décalage. Nous sommes dans un monde dont son créateur ne donne que quelques clefs.

Fabien Mérelle. Photo fournie par la galerie Wilde, Genève 2020.

Fabien Mérelle plaît, au grand désespoir sans doute de ses anciens professeurs de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, qui le considéraient comme leur vilain petit canard. A une époque marquée par les queues de comète du minimalisme et de la vidéo, leur élève osait revenir aux traditions figuratives. Il n’était pourtant pas le seul. Je suis toujours frappé, dans un salon parisien qui s’appelle pourtant «Drawing Now», de voir se développer cette résurgence (devenue internationale) du «beau métier» pour dire des choses parfois peu confortables. Une chose que l’abstraction ne permet guère, même si elle peut suggérer du drame. C’est bien pourquoi cette dernière se voyait qualifiée par Francis Bacon de «décorative».

Enormes sculptures

Mais revenons à l’exposition actuelle, présentée par Wilde en tandem avec une autre de son ami Antoine Roegiers. Elle a comme prévu fait un malheur chez les amateurs genevois et autres. C’est tout juste s’il ne faut pas maintenant réserver «son» Fabien Mérelle. Ce dernier a d’ailleurs déjà eu les honneurs de deux livres. Le second a paru en 2019, mais il retrouve aujourd’hui son actualité. Il y a là un condensé des œuvres depuis 2010. Les dessins bien sûr, mais aussi un aperçu de sculptures. Enormes ces dernières! On en a surtout parlé lorsqu’une d’elles s’est retrouvée vandalisée en mai 2020 au Havre. Six mètres de haut! Il me semble pourtant permis de considérer ces créations non pas comme des sous-produits, mais des sur-produits de figurines tracées au crayon. Quelque chose d’un peu mineur, finalement…

Fabien Mérelle. De la place laissée au blanc du papier. Photo fournie par la galerie Wilde, Genève 2020.

Luxueux avec sa couverture toilée, le livre contient aussi deux textes, dont le plus long est dû à Kathy de Nêve. «Essayiste et philosophe d’art» (on se la pète un peu), cette dernière entremêle les citations, de Léonard de Vinci à Marcel Duchamp. Elle le fait un peu comme on brasserait la salade. Du reste, sa contribution ressemble pour moi aux feuilles vertes complétant parfois au restaurant les plats du jour. C’est fait pour être regardé et non pas consommé (ou lu). Un peu de noir sur fond de papier gris perle entre deux dessins de Fabien Mérelle.

Pratique

«Fabien Mérelle», galerie Wilde, 24, rue du Vieux-Billard, Genève, jusqu’au 2 janvier 2021. Fermé au public jusqu’à nouvel avis. Tél. 022 310 00 13, site www.wildegallery.ch «Fabien Mérelle, Dessous l’écorce» a paru aux Editions Lannoo, Belgique, 224 pages.

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