Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Elaeudanla Teïteïa". La galerie Skopia fête aux Bains genevois ses trente années d'existence

Pierre-Henri Jaccaud a commencé à Nyon. Il est arrivé à Genève en 1994, peu avant l'ouverture du Mamco. Il maintient une programmation austère. Son exposition anniversaire regroupe 23 de ses artistes.

Pierre-Henri Jaccaud. Un galeriste qui sait suivre une ligne.

Crédits: RTS

Skopia fête se 30 ans. Pierre-Henri Jaccaud, qui a créé à Nyon cette galerie il y a trois décennies, est donc forcément un peu plus âgé. La chose lui permet d'assurer que «les trente dernières années sont les plus difficiles.» Pour l’instant du moins, tout va bien. L'anniversaire peut se voir fêté au 9, rue des Vieux-Grenadiers à Genève par une exposition plutôt rétrospective. «Il y a là 23 artistes avec lesquels je travaille, parfois depuis mes débuts, plus quelques surprises.» Au risque d'en dévoiler une, je signalerai ainsi une immense toile de John Armleder, avec des points posés à intervalles réguliers. «Une forme de mise au point.»

Skopia a donc commencé en terre vaudoise. En 1994, le monde de l'art bougeait en Suisse romande. Pierre-Henri Jaccaud aurait alors pu s'installer à Lausanne, où le Flon connaissait un boom. Il a abouti ici sur les conseils de Pierre Huber, qui avait transféré ses pénates aux Bains après avoir quitté le boulevard Helvétique, puis la rue de l'Arquebuse. «Pierre s'installait dans un immeuble en construction.» Ce n'est pas là que finira Jaccaud, à quelques mois de l'ouverture enfin possible du Mamco. Il trouvera son idéal dans un double espace de la rue des Vieux-Grenadiers. «Un ancien atelier de roulements à billes.» Un choix heureux, puisque notre homme n'a pas déménagé depuis. Quand il ne se trouve pas là, c'est en effet dans une foire. Artgenève, bien sûr. Quelques expéditions exotiques. Et enfin Art/Basel, dont il demeure aujourd'hui l'unique exposant genevois. On l'y retrouve d'année en année au premier étage. Là où se voient concentrées les maisons ne donnant pas dans le poids lourd international.

Des habitués

Sur les murs de la galerie, sous le vocable hellénique de «Elaudanla Teïteïa», l'habitué retrouvera donc des gens connus de lui depuis longtemps. Classés par ordre alphabétique, ils vont de Pierre-Olivier Arnaud à Franz Erhard Walther. Il y a bien sûr la gravure de Franz Gertsch (un petit modèle, cette fois), un Thomas Huber bien architectural, une énorme lettre de Francis Baudevin ou un texte en cyrillique d'Erik Bulatov. Les grandes toiles sont d'un côté. Les autres œuvres se regroupent de l'autre, et ce sur plusieurs rangs. Une manière comme une autre de créer un sorte d’œcuménisme de l'art contemporain. Silvia Bächli n ressemble pas à Alain Huck. Jean Crotti entretient paradoxalement peu de rapport avec son compagnon Jean-Luc Manz.

Et pourtant, il existe bien une ligne Skopia! Une ligne dure. Un peu froide même, alors que le rire de Pierre-Henri résonne encore dans mes oreilles. Je serais parfois tenté de dire qu'il existe un côté «anorexique d'Allemagne de l'Est» dans la programmation. Pierre-Henri Jaccaud défend toujours des artistes sérieux jusqu'à l'austère, minimaux sans être minimalistes, colorés mais pas joyeux pour autant. C'est ailleurs que l'amateur verra du ludique et du scintillant. Le propriétaire des lieux ne donne pas dans la décoration. Il vend de la peinture et des idées à des clients qui sont de vrais collectionneurs. Exigeants, comme on dit dans ces cas-là. Reste évidemment qu'il faut aimer cela, ou du moins certains de ces créateurs. Tous les goûts, même mauvais, sont dans la nature. Impossible cependant de nier qu'il y a là un réel travail et un véritable engagement.

Pratique

«Elaeudanla Téïteïa», Skopia, 9, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 2 mars 2019. Tél. 022 321 61 61, site www.skopia.ch Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h30, le samedi de 11h à 17h.

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