Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La galerie Salomon Lilian de Genève se penche sur le trompe-l'oeil néerlandais

Trois tableaux seulement, mais spectaculaires. C'est l'occasion de découvrir plus à fond l'antenne suisse d'une maison bien connue d'Amsterdam.

L'une des deux toiles de Christoffel Pierson.

Crédits: Galerie Salomon Lilian, Genève 2021.

La maison fait depuis longtemps partie d’Art en Vieille Ville (AVV), mais nul ne semble l’avoir remarqué chez nous. A tort, d’ailleurs. Le strapontin qu’occupe à Genève la galerie amstellodamoise (1) Salomon Lilian au 6, de la rue Verdaine se révèle une adresse hautement recommandable. Le lieu reste petit, certes, avec deux étages dont un si bas de plafond que le grand directeur Rodolphe de Causans semble le toucher. Mais il y a là des découvertes à faire. Pour la petite histoire, je vous dirai que j’ai d’abord connu en ces lieux Carpi. C’était LA chemiserie de la ville, mais mes souvenirs remontent ici à la préhistoire. Puis est venu Archinard, un excellent antiquaire à l’ancienne (ce qui s’impose après tout pour un antiquaire). Il y a enfin eu là le cabinet d’expertise plus bling-bling de Marc Gaudet-Blavignac et Alexandre Ding, avant que leur association explose en plein vol. Est finalement venu Salomon Lilian il y a de cela huit ou neuf ans. Peinture néerlandaise. «Siècle d’or», bien sûr. Un domaine très éloigné du virage contemporain pris par Genève.

Pour cette édition d’AVV, la galerie s’est axée sur le trompe-l’œil. Axe réduit, je dois dire. Il y a avant tout au rez-de-chaussée trois tableaux, dont une paire spectaculaire «qui va trouver ses amateurs». Elle est due à Christoffel Pierson, qui a vécu de 1631 à 1714. «Nous l’avons dénichée l’an dernier dans une vente de Sotheby’s. L’attribution nous semblait claire. La signature que nous imaginions est apparue au nettoyage», explique Rodolphe de Causans. Mais ce n’est pas tout! Il y a eu le petit plus qui fait la différence. «Au dos de la toile, d’origine, est apparu un GG surmonté d’une une couronne grand-ducale.» Vous avez deviné la suite, bien sûr. Ce sont bien sûr là les initiales de Giovanni Gastone, le dernier des Médicis. Un monsieur qui, comme tout le monde dans sa famille, collectionnait dans sa jeunesse. Il s’était offert là un chef-d’œuvre du genre, qui n’a pas fini dans le fonds florentin.

La  suite à l'entresol

En face se trouve le troisième tableau. Un Antoine Leemans (presque) aussi beau. Le parcours ne s’arrête pas ici. S’il est présent (il y a souvent une secrétaire), Rodolphe de Causans vous montrera le reste à l’entresol. Il s’agit d’un monsieur volubile, un brin embobineur mais par ailleurs drôle et charmant. J’ai ainsi vu il y a quelque jours chez lui un étrange Cornelisz de Haarlem maniériste représentant un Hercule frôlant le troisième âge. «Un portrait, sans doute celui de Hans Bol.» Il y a aussi, dans un genre si classique qu’elle en fait «famille» une effigie masculine de van Ravesteyn. Une peinture qui se retrouve aujourd’hui commercialement un peu à la peine. J’ai aussi noté, en bien plus aimable, une esquisse de plafond luxuriante de Jakob de Witt, le «Tiepolo hollandais».

Le client ne sera sans doute pas Genevois, «même si nos acheteurs ont souvent une résidence ou un compte ici.» Et les très gros morceaux restent pour l’étranger. En présentation à Paris, ou sur les trois étages de la belle maison du 5, Spiegelgracht d’Amsterdam. Un portrait d'homme de Van Dyck assez grand genre vient ainsi de changer de mains pour une somme confidentielle. Son importance avait justifié l’impression d’un catalogue pour lui tout seul.

(1) D’Amsterdam, si vous préférez.

Pratique

Galerie Salomon Lilian, 6, rue Verdaine, Genève, jusqu’au 10 septembre. Tél. 022 310 56 88, site www.salomonlilian.com Ouvert du lundi au vendredi de 10h30 à 18h30.

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