Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La galerie Lignetreize présente à Carouge le Frédéric Pajak dessinateur et illustrateur

L'exposition débute à quelques jours de la sortie en librairie du neuvième et dernier tome de son "Manifeste incertain". Le récit tourne cette fois autour de Fernando Pessoa.

Pessoa dans les rues de Lisbonne.

Crédits: Frédéric Pajak, Photo Galerie Lignetreize, Carouge 2020.

C’est la preuve par neuf! Le 3 septembre arrivera en librairie le neuvième et dernier tome du «Manifeste incertain» de Frédéric Pajak (1). Un énorme volume, comme si l’auteur avait peur de ne pas tout avoir dit. Chaque épisode de ces histoires dessinées tourne autour d’une figure littéraire du XXe siècle, Vincent van Gogh faisant figure d’exception. Il y a du beau monde intellectuel dans ces romans, où l’auteur entre en catimini pour s’associer de près à ces biographies. Frédéric Pajak, 65 ans en 2020, peut ainsi parler de lui-même et de sa jeunesse au milieu des aventures perdues d’avance d’Ezra Pound, de Paul Léautaud ou des poétesses Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva. Une manière comme une autre de brosser son autoportrait.

Le dernier ouvrage tourne autour de Fernando Pessoa (1888-1935), le Portugais. Un homme dont les œuvres ont bien failli ne jamais paraître, même de manière posthume. Ses manuscrits dormaient au fond d’une malle, en forme de bouteille jetée à la mer. Advienne ce que pourra… Lui toujours bien vivant, puisqu’en plus de ses travaux d’écriture et de dessin Frédéric Pajak s’occupe aujourd’hui des prolifiques Cahiers Dessinés, l’auteur se retrouve bien sûr au fil des pages. Itinérant comme de coutume. Le lecteur le reconnaîtra ainsi en Europe, en Chine populaire, en Afrique ou aux Etats-Unis. Il faudra bientôt lui inventer une seconde planète. Je vous en dirai davantage quand j’aurai lu le livre.

Vignettes et paysages

Pour l’instant, l’actualité de Pajak tourne en effet autour d’une exposition. C’est la seconde que lui organise à Carouge Véronique Philippe-Gache, de Lignetreize. Il y a là, dans la galerie elle-même et dans son sous-sol, des dessins. Ceux des livres tout d’abord. Des vignettes à l’encre, de la taille des illustrations imprimées. Des œuvres où tous les gris se sont vus éliminés. Chez Pajak, pas de transition entre les noirs et les blancs. Avec ces créations en général inspirées par des photographies, l’artiste réduit le sujet à l’essentiel, à l’instar de certains bédéistes. Des ombres profondes et des lumières crues.

Frédéric Pajak. Photo Pascal Frautschi, Tribune de Genève.

Ces pièces de petit format se voient complétées par quelques grands paysages, dont plusieurs ont déjà été vus au Musée d’art de Pully. Il y a là des vues réelles. D’autres faites sur le motif, mais en convoquant généreusement l’imaginaire. C’est le côté peintre de Pajak, celui-ci ayant depuis quelques années laissé tomber ses pinceaux. Impossible de toucher à tout mine de rien! Il y a des moments où il faut faire des choix, même provisoires. Avec «Le manifeste incertain», publié avec la régularité d’un métronome depuis 2012 (un tome par an), notre homme a trouvé pour une décennie la forme qui lui convenait. Une forme qui ne manquait en plus pas de fond. Normal! Le dessin constitue après tout une autre forme d’écriture.

(1) Il existe du coup une affiche avec la tête dessinée des neuf auteurs mis en vedette par Frédéric Pajak dans «Le manifeste incertain». Walter Benjamin en occupe le milieu. Logique dans la mesure où l’écrivain allemand a longtemps servi de figure centrale!

Pratique

«Frédéric Pajak, Dessins», Galerie Lignetreize, 29, rue Ancienne, Carouge, jusqu’au 19 septembre. Tél. 022 301 42 30, site www.galerielignetreize.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 17h30, samedi de 11h à 17h.

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