Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Galerie Ligne 13 présente l'oeuvre au noir de Laurent Wolf

Le Chaux-de-Fonnier de Paris propose à Carouge ses grands dessins au fusain. Il y a aussi les leporellos. Ceux-ci font l'objet d'une grande installation en sous-sol.

L'un des leporellos.

Crédits: Laurent Wolf, Galerie Ligne 13, Carouge 2019.

Il faut se méfier des expositions courtes. Elles vous filent en général entre les doigts. Il y a beaucoup d'accrochages de nos jours. Nous avons perdu l'habitude des présentations de deux ou trois semaines, qui restaient pourtant la norme jusqu’au début des années 1960. J'ai donc bien failli oublier de vous parler de la présence de Laurent Wolf à la Galerie Ligne Treize de Carouge. Un lieu qui a bien trouvé ses marques depuis que Véronique Philippe-Gache a dû passer d'une petite arcade de la rue Ancienne à une autre, bien plus grande. Davantage, c'est en général mieux.

Laurent Wolf dispose du coup de deux étages, le rez-de-chaussée et le sous-sol. Impressionnant, le sous-sol! Cet endroit par définition refermé sur lui-même permet à l'artiste de présenter, sous forme d'une grande installation, des dessins et surtout ses leporellos, disposés sur de petites étagères murales. Les différentes pièces peuvent ainsi se faire écho les unes les autres. Un effet de miroir, mais en noir. Le fusain domine largement les pièces de l'artiste, qui semble du coup tirer ses images du néant, ou plutôt de la nuit. Des formes simples et abstraites. Me revient à son propos l'exposition de ce titre à Pompidou Metz en 2015, dont je vous avais du reste parlé. Sous l'influence de la Chine et du Japon, les œuvres ont toutes pris un aspect méditatif. Au spectateur de poursuivre le travail entrepris avec science et patience par Laurent Wolf!

Contemporain classique

C'est la seconde fois que Véronique Philippe-Gache accueille le Neuchâtelois, que j'ai déjà vu parallèlement chez ses compatriotes Ditesheim & Maffei. Une galerie qui propose des traditionnels de l'art actuels, d'Erik Desmazières à Zoran Music en passant par Simon Edmondson. La Bisontine (elle vient de Besançon) partage avec eux ces choix relevant des «contemporains classiques». Des sélections où le métier, le travail, la virtuosité même, gardent toute leur importance. Nous sommes ici aux antipodes du Quartier des Bains et de ses gestes radicaux.

Laurent Wolf n'est pas un débutant, mais il se fait rare. Né en 1944 à La Chaux-de-Fonds, il appartient à la génération qui émigrait encore à Paris. Il s'y est multiplié. Au départ sociologue, et par conséquent enseignant, l'homme s'est donc lancé dans le dessin. Puis il a commencé en 1992 une carrière de critique d'art. En Suisse romande. On peut parfois être juge et partie, mais Laurent a alors mis son crayon en sourdine. Si j'ose dire. «Le Nouveau Quotidien». Puis «Le Temps», dont il dirigea à une époque la rubrique culturelle. Retraité en 2010, il a pu se remette à l’œuvre. Un œuvre mûri entre-temps. L'ensemble proposé à Carouge jusqu'à la fin de la semaine fait grande impression. Surtout la cave. Une précision à son propos. Vous n'êtes pas obligé de tout y acheter. L'ensemble se verra démembré. Une exposition, c'est aussi une création éphémère, après tout.

Pratique

«Laurent Wolf», Galerie Ligne 13, 29, rue Ancienne, Carouge, jusqu'au 25 novembre. Tél 022 301 42 30, site www.galerielignetreize.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 18h30, le samedi de 11h à 17h.

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