Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La galerie AV présente à Genève en Vieille Ville le Coréen Choi Sang Chul

A 74 ans, l'homme fait figure d'artiste plutôt jeune dans son pays. Il propose une peinture méditative réalisée grâce à mille tracés de pierres enduites d'acrylique.

"Mumool 18-6", 2018

Crédits: Choi Sang Chul. Photo fournie par la galerie AV, Genève 2020.

Jamais deux sans trois, dit l’adage. Pour la troisième fois, la galerie AV présente à la rue Etienne-Dumont de Genève de la peinture sud-coréenne. Cette dernière s’impose doucement en Europe, ce qui convient à une expression souvent méditative. A Venise, en marge de la Biennale, les «palazzi» Fortuny ou Polignac ont ainsi plusieurs fois présenté soit une rétrospective dédiée à un artiste isolé, soit un tir groupé. La chose a fini par attirer l’attention et former quelques collectionneurs. Il existe aujourd’hui en Asie autre chose que la tonitruante et monumentale expression chinoise!

Les Genevois un peu curieux se souviennent ainsi de «Korean Spirit» fin 2017 chez Artvera’s. Il y avait alors aux murs (noirs) de la galerie une multitude de créateurs. Parmi ceux-ci figurait Jung Hei Yun, dont les petits oiseaux ont fait un malheur sur le plan commercial. Les visiteurs notaient aussi les vases en savon laqué (attention au nettoyage!) de Shin Meekyoung. Certains de ces faux récipients aux formes traditionnelles se retrouvent du reste pour animer l’actuel panorama de la carrière de Choi Sang Chul (1). Un peintre né en 1946. Comme l’explique Sofia Komarova, qui gère AV, il ne n’appartient du coup pas à ceux qui ont réinventé la peinture coréenne dans les difficiles années 1950. Choi figure du coup encore parmi les artistes considérés comme «jeunes». Tous les pays n’ont pas la même conception de l’âge auquel on reste «émergent»!

Débuts sur papier

Devenue rare, souvent entrée en musée, la première partie de l’œuvre de Choi Sang Chul n’est pas représentée à Genève. Le parcours commence ici à la fin des années 1970. Le Coréen travaille alors sur papier, à l’encre ou à l’acrylique. Il crée des effets d’arrachement. Le tout reste très propre, avec des lignes et des carrés que les amateurs retrouveront quand Choi passera à la toile dans la décennie suivante. La révolution viendra quand l’homme se mettra à utiliser un apparent aléatoire. Il fera rouler sur son canevas de petites pierres enduites d’acrylique. Les gens restent patients en Orient. Chaque caillou doit ainsi revenir mille fois sur le même support. Notons cependant que l’artiste guide tout de même sa trajectoire, d’où des images abstraites tantôt libres, tantôt symétriques.

Cet art acolore ou presque, comme cela demeure souvent le cas dans la production coréenne contemporaine, se retrouve mis en valeur par un catalogue. La chose devient rare en galerie. Ce livre constitue en plus un ouvrage de luxe, à couverture toilée. Sofia Komarova a demandé un texte à Yves Michaud. Traduit, il vient compléter le portrait éclaté (et anglophone) de Choi Sang Chul par différents critiques, mais aussi par ses amis. Quel luxe!

(1) J’ai aussi reconnu une grande jarre «Moon» peinte au crayon par Ju Sekyun.

Pratique

«Choi Sang Chul, A Thousand Traces», galerie AV, 1, rue Etienne-Dumont, Genève, jusqu’au 24 novembre. Tél. 022 311 05 53, site www.avgallery.com Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 18h, le samedi de 11h à 17h.

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