Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La France lance le Grand Palais immersif, qui créera des expositions d'art virtuelles

Les musées, la Banque du territoire et VINCI se sont associés. Le but est de produire et de diffuser des manifestations numériques grand public à diffusion internationale.

L'affiche de "Pompéi".

Crédits: RMN.

Il ne s’agit plus de voir des œuvres, mais de vivre une expérience. C’est un peu le «train fantôme», en version digitale. Les expositions virtuelles ont le vent en poupe. Du moins chez certains entrepreneurs culturels. Le Grand Palais, pour sa dernière saison avant travaux, en a fait l’expérience avec un un tonitruant «Pompéi» l’année dernière. La manifestation, où les objets de fouille ne jouaient qu’un rôle secondaire (un peu celui de témoins), a attiré environ 200 000 personnes. C’est peu pour l’endroit, qui en a connu quatre fois plus pour Monet et Picasso. Mais il faut bien reconnaître que 2020 n’a pas tout à fait été une année comme les autres…

Forte de cette expérience et de tractations préalables, l’institution parisienne vient de lancer le «Grand Palais immersif». La Réunion des musées nationaux (RMN), dont elle fait partie, s’est associée pour ce faire avec le mastodonte VINCI et la Banque des territoires. Cette dernière agirait au nom du «programme d’investissement d’avenir». Il s’agirait «de créer, d’exploiter et de diffuser des expositions numériques». Celles-ci ne resteraient bien sûr pas destinées au public de la capitale. Les ambitions se révèlent nationales, voire internationales. Les débuts se feraient bien sûr dans un Grand Palais rénové (l’idée est d’y parvenir pour 2024 pour 446 millions d’euros, une paille!) après des tâtonnements dans divers lieux. Puis on irait à la rencontre des fameux territoires, supposés acculturés. Il y aurait donc là un but presque évangélisateur.

Discours amphigourique

J’ai lu jusqu’au bout la prose amphigourique du dossier de presse. Un petit chef-d’œuvre de langue de bois. Pas un mot de concret. Nous nous situons dans une «novlangue». Je me contenterai de vous donner ici la définition que fait d’elle-même la Banque des territoires (ex-Caisse des Dépôts), opérateur dans le secteur de la culture depuis 2010. «Elle est aussi un acteur majeur de l’inclusion et de l’attractivité des territoires, en lien avec les acteurs de l’innovation, et au cœur des enjeux de relance et de transformation (durable, numérique) de notre pays.» Avouez que cela n’engage pas à grand chose! J’ai tout de même retenu qu’il y aurait là des «scénographies immersives», de la «médiation numérique», de la «réalité virtuelle, augmentée et mixte». Le grand jeu, quoi! Mais avec des prétentions intellectuelles, tout de même. Le Grand Palais immersif gardera du coup «une ligne éditoriale exigeante mêlant le spectaculaire, la narration et la transmission des connaissances». Avouez qu’il y a de là de quoi s’affoler. Surtout si l’on sait qu’au Louvre et à la Fondation Mucha s’adjoindra la start-up Iconem. Déjà que la France est dirigée en start-up par son président actuel…

Je n’ai rien en principe contre le Grand Palais immersif, que dirigera Roeï Amit, déjà aux commandes du «Pompéi» de l’an dernier. Il faut cependant espérer qu’il restera parallèle aux expositions plus classiques de la RMN, avec du concret sur les murs. Je me rends bien compte qu’il y a une réelle demande pour ce genre de projets, voulus populaires. Mais il me faut aussi constater que ces noubas se limitent au plus simple et au plus médiatique. C’est Van Gogh. C’est Klimt. C’est Vinci (pas la firme partie prenante au projet, Vinci Léonard). Le reste n’a aucune raison d’exister sous cette forme entendant mobiliser des foules, au moment même où celles-ci semblent par ailleurs à éviter. Il y a là quelque chose d’apéritif, et non pas de substitutif. Il s’agit selon moi de former un nouveau public, que l’on devrait pousser ainsi à un contact plus direct avec des œuvres possédant un statut totémique, et donc un peu magique.

Une autre voie

Il existe aussi d’autres moyens d’assurer une diffusion par le numérique. Dans un article suivant immédiatement celui-ci dans le déroulé de cette chronique, je vous conduis donc aux Offices. Le musée florentin vient de concevoir une exposition «Online only» tout ce qu’il y a de plus pointue. C’est là l’autre option possible. Cela dit, les deux voies ne se révèlent pas aussi incompatibles qu’elles pourraient le sembler de prime abord.

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