Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation Kokoschka de Vevey propose au Musée Jenisch "L'appel de Dresde"

L'exposition veveysanne évoque les années 1916 à 1923. L'artiste autrichien panse alors ses blessures morales et physiques. Il y a aussi un gros livre.

"La jeune fille au tablier vert", 1921.

Crédits: Fondation Oskar Kokoschka, Pro Litteris, Zurich.

Lancée en 1988, deux ans après la mort du peintre, la Fondation Oskar Kokoschka dispose depuis 2012 d’un espace fixe au premier étage du Musée Jenisch de Vevey. L’institution a en en effet rouvert cette année-là, après plusieurs années de travaux. Les trois salles en enfilade permettent de déployer ses riches collections, que gère Aglaja Kempf. Les œuvres défilent donc par roulement, en illustrant des thèmes. L’actuel accrochage Kokoschka s’intitule «L’appel de Dresde». Il matérialise le séjour de l’artiste autrichien dans le ville saxonne, entre 1916 et 1923. Le peintre y a alors enseigné et peint sur fond de défaite, d’écroulement d’empires et finalement d’inflation folle. L’expressionnisme, dont l’homme peut se revendiquer, a poussé sur ce terreau malsain.

Pour cette présentation, Aglaja Kempf a sorti une cinquantaine d’œuvres des réserves. En général des créations sur papier. C’est le moment où OK (comme Oskar Kokoschka) commence à produire beaucoup de portraits, un peu moins torturés que ceux ayant précédé. Les paysages viendront ensuite, avec le contrat offert par le galeriste Cassirer. «Je pouvais tout me permettre à cette époque-là», devait plus tard dire l’artiste, qui finira sa vie sur la Riviera vaudoise. Il lui fallait aussi se remettre de ses blessures. Atteintes physiques, comme le coup de baïonnette reçu au front en Ukraine. Choc moral, après sa rupture avec la sulfureuse Alma Mahler. On se souvient que délaissé a fait créer une poupée grandeur nature à son effigie comme consolation. Le scandale! Un conseiller en communication n’aurait rien pu inventer de mieux. Ce simulacre anticipe aussi de toute une mode de la sculpture molle, sensible depuis la fin du XXe siècle.

Un expressionnisme adouci

Pas de poupée à Vevey! Près de l’atelier du peintre évoqué, il y a un ou deux tableaux et nombre d’aquarelles, de dessins ou de lithographies. L’amateur y voit le peintre passer de sa première manière, sans doute la plus forte, à un expressionnisme adouci, où la figure humaine domine. Cela dit, les périodes suivantes d'OK se voient également réhabilitées dans les esprits depuis la grande rétrospective du Kunsthaus de Zurich en 2018. Jusqu’au grand baroque final, pourtant déconcertant. L’histoire de l’art n’en finit pas de se récrire.

"Portrait d'Anna Kallin". Photo Fondation Oskar Kokoschka, Pro Litteris, Zurich.

L’exposition veveysanne demeure restreinte, mais elle se révèle instructive. Elle se complète par un pavé éditorial. «L’atelier contemporain» a publié, sous le titre de «L’œil immuable», des écrits (ou discours) de Kokoschka, rédigés entre 1912 et 1962. Un demi siècle… Ce très gros volume (453 pages) s’adresse au «fan club» du maître. Il s’agit, comme on le dit dans ces cas-là, d’un ouvrage de consultation. Voire de référence.

Pratique

«Oskar Kokoschka, L’appel de Dresde», Musée Jenisch, 2, avenue de la Gare, Vevey, jusqu’au 5 septembre. Tél. 021 925 35 20, site www.museejenisch.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h, le jeudi jusqu’à 20h.

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