Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation de l'Hermitage de Lausanne a revu sa copie pour 2020 et 2021

Les impressionnistes canadiens passent à la trappe. Il y aura en septembre "Arts et cinéma", puis en 2021 la Fondation Bemberg et l'inconnu Hans Emmenegger.

Des neiges canadiennes vues par Lawren S. Harris.

Crédits: DR, Fondation de l'Hermitage, Lausanne 2020.

Clac! Le couperet est tombé mardi soir. Personne n’a été guillotiné, mais l’exposition sur «Le Canada et l’impressionnisme» a passé à la trappe (ce qui évoque plutôt une pendaison). L’accrochage de la Fondation de l’Hermitage à Lausanne devait se terminer le 24 mai. Chacun sait aujourd’hui que les musées suisses ne rouvriront pas avant le 11 mai, comme il l'a été dit le mercredi 29 avril en conférence de presse par le Conseil fédéral (1). La direction a donc décidé d’interrompre la manifestation. Les tableaux quitteront le canton de Vaud pour aller comme prévu au Musée Fabre de Montpellier. Mais pas aux dates primitivement annoncées (13 juin-27 septembre)! Ce serait du 4 septembre au 2 janvier 2021. Conditionnel. Je dois rappeler que le Fabre est une institution immense, avec tous les problèmes d’engorgement que cela suppose avec les manifestations temporaires (qui connaissent un gros succès dans le musée dirigé par Michel Hilaire). Or aujourd’hui en France comme partout, plus un musée est grand, moins il a de chances de se déconfiner rapidement.

Le siège de la Fondation Bemberg à Toulouse. Photo Patrice Vin, Office du Tourisme, Ville de Toulouse.

Alors que j’ai vu l’exposition sur les impressionnistes canadiens à la fin janvier, je n’ai toujours pas pondu mon article sur cette exposition historiquement importante. Je ne savais rien, comme la plupart des gens, sur les impressionnistes du Canada anglophone et de la «Belle Province» avant d’avoir vu ça. J’ai donc décidé, après une vidéo-conférence avec moi-même, d’écrire quand même mon texte. Après tout, il restera toujours le catalogue en français (300 pages bien tassées) de cette tournée qui a passé par Munich, où tout s’est passé normalement, et qui a connu deux mois à Lausanne avant de partir vivre de nouvelles aventures à Montpellier. Le tout avant un retour à Ottawa, où il faudra lui trouver un nouveau créneau. A moins d’une dédoublement de personnalité ou d’un don de double vue, je ne vois en effet pas comment les quelques 130 toiles pourraient se trouver AUSSI au Musée des beaux-arts du Canada entre le 30 octobre et le 21 mars 2021.

Coproduction avec Rouen

Que se passera-t-il donc par la suite à Lausanne, route du Signal? Eh bien, normalement (c’est fou ce que j’utilise cet adverbe en ce moment!), l’institution doit rouvrir le 4 septembre avec «Arts et cinéma». Je vous avais parlé de l’étape de cette exposition à au Musée des beaux-arts de Rouen, où la chose a eu lieu en collaboration avec la Cinémathèque française. J’avais formulé de nombreuses réserves sur le concept développé par Dominique Païni depuis ses premières versions espagnoles de 2017. Le sujet m’avait semblé bien trop vaste pour les salles rouennaises. Il allait des primitifs du 7e art, évoquant l’impressionnisme, à Jean-Paul Belmondo en Pierrot-le-Fou se faisant exploser barbouillé de bleu comme un Yves Klein. Espérons que l’Hermitage saura y mettre bon ordre entre le 4 septembre et le 3 janvier 2021.

Un paysage suisse de Hans Emmenegger. Photo Kunstmuseum, Lucerne 2020.

Et après? Le musée privé devrait montrer «100 chefs-d’œuvre de la Collection Bemberg» du 22 janvier au 30 mai. Là, il faut sans doute que je vous tuyaute. Cet ensemble a été formé par George (ou Georges) Bemberg. Un Argentin amoureux de la France, où il est mort nonagénaire en 2011. Amateur d’art, écrivain, dilettante au meilleur sens du terme, l’homme se révélait aussi très riche, ce que ses pudiques biographies omettent de dire, tant l’argent fait sale outre Jura. Ses goûts allaient de Cranach aux pointillistes en passant par Canaletto. Si cent pièces peuvent venir en Suisse, c’est parce que le merveilleux Hôtel d’Assézat (1555-1557), mis par Toulouse à la disposition de sa fondation, entre en travaux. Je préciserai que cet ensemble n’est pas bouclé, à l’instar de la Frick Collection de New York. La Bemberg achète encore beaucoup. Surtout de la peinture ancienne, aujourd’hui à prix cadeaux: Nicolas Tournier, Michel-Ange Houasse, Mattia Preti…

Un Lucernois méconnu

L’Hermitage a déjà développé un projet pour l’été 2021. Audacieux, celui-là! L’équipe de Sylvie Wuhrmann consacrera ses cimaises à Hans Emmenegger (1866-1940). Un parfait inconnu, du moins de ce côté de la Sarine. Le Lucernois a produit d’étranges paysages, dont certains montrent les collines du Plateau suisse, «merveilleusement mornes et solitaires». Au cours de sa carrière, l’homme a passé de l’influence d’Arnold Böcklin aux prémices du futurisme. Est-ce par prudence? La fondation va le mettre en contexte avec des artistes plus connus, de Ferdinand Hodler à Félix Vallotton. Il  proposera aussi un regard d’aujourd’hui avec un «dialogue» entre Emmenegger et de jeunes photographes «en devenir». Une idée proche de l’Elysée lausannois, qui avait en projet, au moment du confinement, une nouvelle mouture de «reGeneration». L’ennui, c’est que beaucoup de photographes en devenir ne deviennent jamais rien...

(1) Jusque-là, le CF (comme Conseil fédéral) tablait sur le 9 juin.

P.S. Non loin de là, le Musée d'Art de Pully s'est aussi manifesté. "Paris en fête" redémarrera en principe le 9 juin (donc sans doute le 11 mai!), même si la capitale française ne semble pas vraiment en fête aujourd'hui. L'exposition était prévue pour durer jusqu'au 26 juillet.

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