Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation Custodia présente à Paris 200 dessins du Musée Pouchkine de Moscou

C'est un florilège. Une promenade à travers les énormes collections de l'institution. Le parcours sur deux étages va de Dürer à Matisse ou de Rembrandt à Kandinsky.

"Le coup de poing" de Fragonard. Un moment de violence inattendu chez l'artiste.

Crédits: Musée Pouchkine, Fondation Custodia, Paris 2019.

Evidemment, il a fallu choisir! Le Musée Pouchkine de Moscou compte 27 000 dessins. La Fondation Custodia de la rue de Lille, à Paris, ne peut guère en abriter que 200. Et encore faut-il pour cela utiliser simultanément ses deux espaces. Celui à l'étage et le soubassement de l'immeuble, qui se trouve à un jet de pierre (et les pierres risquent de voler en ce moment) de l'Assemblée nationale. Autant dire que Ger Luitjen, qui dirige cette institution prestigieuse, et Vitaly Mishin, du Pouchkine, ont dû mûrir leurs choix, d'autant plus qu'il s'agit là d'une exposition généraliste.

Aucun fil conducteur, si ce n'est bien sûr une chronologie et une géographie, ne traverse en effet le parcours, qui va de Dürer à Kandinsky ou de Rembrandt à Matisse. Il s'agit bien d'un florilège, avec des feuilles magnifiques certes, mais aussi disparates. Chaque œuvre sélectionnée doit être vue pour elle-même, qu'il s'agisse d'un extraordinaire lavis de Fragonard ou d'une somptueuse étude à la guerre noire et à la sanguine du Chevalier d'Arpin. Il n'y a en effet pas là que des superstars. Arpin reste un nom pour connaisseurs. Idem pour bien d'autres, qui se sont vus élire au vu de la qualité de leurs œuvres. Ou leur rareté. Notons quelques petits effets de mode, tout de même. Parmi les Russes se trouvant au sous-sol, où se nichent les XIXe et XXe siècles, il y a ainsi Alexander Deïneka, au goût un peu Art Déco, qu'on n'en finit plus de voir depuis quelques années.

Une histoire complexe

Ce côté éclaté résulte aussi de la constitution de la collection. L'actuel Pouchkine est bien né à la fin du XIXe siècle. Il y a alors eu des dons très aristocratiques. Dans les années 1920, un branle-bas de combat a cependant réuni ici des pièces provenant de plusieurs autres institutions, et surtout de bien nationalisés. Notez bien le mot. Si les nazis spolient, les Soviétiques nationalisent. Sont ainsi arrivés des tableaux modernes provenant de chez Chtchoukine. Le musée a ensuite poursuivi sa vie. On sait que l'impérieuse Irina Antonova l'a dirigé de 1961 à 2013, restant depuis présidente. Voilà qui donne une forte idée de continuité, pour ne pas dire d'immobilisme. Mais après tout, à l'Ermitage, l'actuel Mikhail Piotrovsky n'a-t-il pas succédé comme un tsar à son propre père à la tête d'un des plus grands musées du monde?

Pratique

«Le Musée Pouchkine, Cinq cents ans de dessins de maître», Fondation Custodia, 122, rue de Lille, Paris, jusqu'au 12 mai. Tél. 00331 47 05 75 19, site www.fondationcustodia.fr Ouvert du mardi au dimanche de 12h à 18h.


Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."