Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation Baur montre à Genève quelques estampes japonaises des années 1860

Le fonds tourne par roulement. Le musée privé en arrive à Utagawa Kunisada et à Utagawa Hiroshige II, qui produisaient alors que le pays s'ouvrait au monde.

L'un des triptyques sur l'inépuisable sujet du prince Genji.

Crédits: Fondation Baur, Genève 2021.

Changement de décor? Je dirais plutôt retouche. Ou encore mieux roulement. Depuis le 10 août, la Fondation Baur propose à Genève de nouvelles estampes dans son étage japonais, aménagé sur les toits. Il y a normalement là place pour six à dix gravures craignant une présentation trop longue à la lumière. C’est peu. La chose offre néanmoins l’occasion de revisiter ses classiques. A lui seul, le département nippon, qui bénéficie des aménagements les plus récents du musée privé, vaut le détour. Il permet en plus un coup d’œil à la «salle des donations», qui connaît elle aussi des adaptations. En lisant la liste des bienfaiteurs (qui sont souvent des bienfaitrices), l’amateur se rend compte que le fonds de la Collection Baur, au départ intangible, s’est considérablement enrichi dans des domaines non couverts par le couple de fondateur (Alfred et Eugénie Baur), comme la céramique chinoise d’exportation, les kimonos ou les objets de la cérémonie du thé.

Les estampes, maintenant. Il s’agit cette fois d’une sélection de six triptyques. Autrement dit de pièces composés de trois pièces en hauteur, de format «oban», posées l’une à côté de l’autre. Ces ensembles ont souvent été dispersés par la suite. Il ne s’agit pas là de réalisations du XVIIIe siècle, comme les aimaient il y a cent cinquante ans les frères Goncourt. Cinq des six pièces marquent vers 1860 l’association entre deux artistes différents, Utagawa Kunisada (1780-1864) et de Hiroshige II (1826-1869). La dernière est de Hiroshige II seul. Un homme à la biographie lacunaire dont le lien de parenté avec le grand paysagiste Hiroshige I semble plus que ténu.

La fin d'une tradition

Très traditionnelles d’aspect et encore de couleurs, ces pièces ont été produites au moment de l’ouverture forcée du Japon au monde. Elle se situent donc à un moment historique important. Tout va ensuite aller très vite sur le plan économique, social et culturel. Vingt ans à peine plus tard l’Empire du Soleil Levant sera très différent. Rien ne permet cependant encore ici de le soupçonner. Deux des triptyques en restent d’ailleurs au prince Genji, issu du roman de Murasaki Shikibu, écrit au XIe siècle. Un classique revisité.

Pratique

Fondation Baur, 8, rue Munier-Romilly, Genève, jusqu’au 3 octobre. Tél. 022 704 32 82, site www.fondation-baur.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h.

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