Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation Baur montre à Genève les gravures du Japonais Tsukioka Yoshitoshi

Mort en 1892, l'homme a poussé au paroxysme du baroque l'estampe traditionnelle. Le musée présente par ailleurs les jades des époux Myers.

L'une des estampes proposées sous les toits du musée.

Crédits: Photo DR.

Longtemps, le goût occidental a préféré dans l’estampe japonaise les œuvres du XVIIIe siècle. C’était perpétuer là le goût très 1860 des frères Goncourt. Passé la mort d’Hokusai (disparu très tard, en 1849) il n’y avait plus de salut. Les couleurs pastels faisaient place aux aplats criards permis par l’aniline. Les sujets devenaient de plus en plus étranges et sanglants. Une sorte de baroque nippon remplaçait les mises en scène sages et équilibrées. Il y avait même, comble de l’horreur, des gravures avec des personnages en habits occidentaux éclairés à la lumière électrique...

La tendance tend aujourd’hui à s’inverser, même si Utamaro ou Harunobu restent à l’honneur. En 2015, le Petit Palais a fait un tabac à Paris grâce à son immense rétrospective Utakawa Kunoiyshi (1797-1861), pleine de spectres et de samouraïs en folie. En ce moment, la Fondation Baur propose à Genève des pièces de son disciple Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892). Un homme volontiers qualifié de «dernier grand maître de l’estampe japonaise», alors même que le XXe siècle a connu un véritable renouveau du genre. Il y a de lui des œuvres célèbres, à l’inspiration débridée. Un splendide, mais petit florilège. Les vitrines ne contiennent en tout que dix gravures (dont un diptyque et un triptyque) dans l’étage peu à peu gagné sur les combles du bâtiment de la rue Munier-Romilly afin de présenter le Japon. La direction avait notamment dû faire quitter au gardien son appartement de fonction, ce qui ne s’était pas révélé une mince affaire.

Salles des donations

Si je vous signale cette exposition de poche, c’est bien sûr pour vous inviter à revenir dans ce musée privé consacré aux arts extrême-orientaux. D’abord, il y a toujours au sous-sol, pour quelques jours encore, l’admirable exposition des jades de Myrna et Sam Myers, dont les plus anciens sont contemporains des Pyramides et les plus récents de Charlemagne. Il faut ensuite citer la Salle des donations, qui s’est une nouvelle fois renouvelée. Se retrouvent ici par rotation les largesses de Philippe Neeser (2011), de Thérèse et John Blum (2002), de la Fondation Chow (1995), des époux Mueller (2004), des conjoints Zehnder (2018), de Sato Mariko (2008) ou de François Storno (2019). Il y a chaque fois un bel effort de mise en scène. L’ensemble se révèle aussi chinois que japonais. Aucuns objets coréens ou indiens jusqu’à présent.

Le triptyque, typique de Yoshitoshi. Photo DR.

Pour en revenir au Japon, rien ne vous empêche de jumeler les céramiques présentées ici sous les combles et celles de l’Ariana, qui présente dans ses caves son fonds en la matière. Le goût se révèle très différent, l’Ariana restant par exemple très loin de la cérémonie du thé. Normal! Il faut de tout pour faire un monde, surtout à deux pas des organisations internationales.

Pratique

Fondation Baur, 8, rue Munier-Romilly, Genève. Tél. 022 704 32 82, site www.fondation-baur.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h. L’exposition «Genèse de l’Empire Céleste» dure jusqu’au 23 mai.

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