Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation Barbier-Mueller publie un livre sur les Kouya de Côte-d'Ivoire

Cette ethnie d'à peine 28 000 individus est menacée de disparition. Elle se trouve sur un terrain miné par les guerres civiles. Denis Ramseyer en parle très bien.

La couverture du livre.

Crédits: DR

Ils ne sont pas bien nombreux. Environ 28 000. Les Kouya ont en grande partie disparu, ou ils se sont fondus dans un grand tout. Cette ethnie ivoirienne a subi depuis la fin du XIXe siècle l’arrivée des missionnaires. La déforestation. Le changement climatique. Impossible aujourd’hui pour eux de chasser comme leurs ancêtres. La population a de plus la malchance de se situer où il ne faut pas. Elle s’est ainsi retrouvée au cœur des conflits ayant par deux fois ravagé le pays.La première en 2002-2003. La seconde en 2010-2011. Autant dire qu’il reste peu de choses de leurs traditions. La langue qu’ils parlent a du reste été inscrite parmi les plus menacées de la Planète dès2001.

Sur le terrain. Une image de 2016. Photo Denis Ramseyer.

Il y a déjà bien des années que la Fondation culturelle Barbier-Muller produit des livres édités par Ides & Calendes. Ils sont par définition consacrés chacun à une population peu connue, composée en général de quelques milliers d’individus à peine et apparemment vouée à une proche disparition. Ces ouvrages de petite taille sont basés sur de longues études de terrain. Il y a ainsi quarante-cinq ans que Denis Ramseyer va chez les Kouya. Ces voyages, dont les derniers ont été entrepris en vue de l’actuelle publication, ne lui ont pas permis seulement d’étudier cette ethnie. Ils lui ont donné avec le recul la capacité de voir ce qui évolue pour elle, et pas en bien. Le chapitre 10 s’intitule d’ailleurs «Vers un changement de société». L’une de ses partie se voit sous-titrée «Vers un avenir incertain». «Que deviendront les treize villages de cette petite communauté à l’horizon 2050?»

Eviter le langage spécialisé

La collection formée par ces ouvrages aux couvertures rouge brique est bien sûr d’une haute tenue scientifique. Cela dit, certains de ses volumes se lisent plus facilement que d’autres. Jean-Paul Barbier-Mueller lui-même reconnaissait du reste bien volontiers que certains d’entre eux s’adressaient par trop à des spécialistes aguerris. Le texte de Denis Ramseyer sait en revanche utiliser un langage simple. Expliquer les choses en commençant par le début. Créer une réelle empathie du lecteur avec le sujet. Il s’agit du nouveau tome sur une population de Côte-d’Ivoire. Il y a quelques années, Alain-Michel Boyer avait ainsi parlé des Yahoué. D’autres titres traitent aussi bien de l’Asie que de l’Océanie. Il existe hélas beaucoup d’ethnies minoritaires en voie d’extinction…

Pratique

«Le Kouya de Côte d’Ivoire, Un peuple forestier publié», de Denis Ramseyer, édité par la Fondation culturelle Musée Barbier-Mueller avec l’aide de F.P. Journe. Ides & Calendes, 179 pages.

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