Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Fondation Auer-Ory pour la photographie fête ses dix ans à Hermance. Mais quel avenir?

Inaugurée en juin 2012, elle a été créée en mars 2009. Son futur reste mal assuré, alors que Genève s'abrite à pompeusement entamer ses 50 JPG le 19 juin.

Les Auer dans les espaces d'Hermance.

Crédits: Tribune de Genève

C'était le 2 juin 2012. Il faisait un soleil du tonnerre même si nous étions 10, rue du Couchant à Hermance. La Fondation Auer-Ory ouvrait ses portes, juste en face d'une tour médiévale veillant depuis longtemps sur des malades. Bien plus accessible qu'aujourd'hui, le magistrat tout juste entré en fonction était venu faire un petit discours. Le petit monde de la photographie était là, même si cela fait beaucoup de monde à Genève. Ce public spécialisé découvrait une adjonction à la maison de Michèle et Michel Auer, dans les gris parfois souligné de rouge à l'extérieur. Il y avait là deux étages de béton brut voués aux expositions du 8e art, plus les espaces réservés aux collections et aux livres réunis par ces derniers. Beaucoup d'images. A la louche dans les 50 000. Enormément de bouquins. Plus de 20 000.

Crée en mars 2009, la Fondation avait alors trois ans. Elle a fêté en petit comité sa première décennie le samedi 15 juin, avec un soleil tendant toujours plus à s'éclipser. Il y a avait avis de tempête non pas pour les Auer, qui ont déjà connu plusieurs coups de tabac, menaçant même de cesser leurs expositions faute d'argent en janvier 2017, mais sur Genève et le Léman. Entre-temps, les fondateurs, aidés par leurs Amis, ont proposé une cinquantaine d'accrochages, souvent accompagnés par un joli petit livre, en commençant si ma mémoire est bonne par René Groebli. Ils sont allés se faire voir ailleurs, entre autres au Boléro de Versoix. Michèle et Michel ont aussi pris de l'âge, ce qui ne se voit pas forcément. On ne donne pas celui des dames, mais Michel compte tout de même aujourd'hui 86 printemps. Et l'avenir de la Fondation reste toujours aussi incertain. «Nos amis nous aident, mais pas la Ville», me rappelle Michèle la clope au bec, puisque nous sommes encore dans le jardin. La cigarette reste en effet pour elle un élément constitutif.

Un lieu qui reste rare

A l'intention de la trentaine de personnes réunies au sous-sol, les Auer avaient prévu un après-midi. Projections. Conférences. Discussions. Leur vieux complice Peter Knapp, avec lequel ils avaient ouvert au Grütli en 1988 le Centre de la photographie (dont ils sont rappelons-le les père et mère), est venu parler de la diversité de la photo aujourd'hui, dont la pérennité se voit menacée par la quasi disparition des tirages papier. «Je déplore à ce sujet la disparition de l'album de famille.» Laurence Auer, la fille de Michel, a situé la place des images, argentiques ou non, dans les institutions publiques. Elle semblait bien placée pour le faire, vu qu'elle travaille à Paris au Ministère de la culture pour la présence française à l'étranger. «Il se crée partout des musées, notamment en Chine, mais très peu se centrent sur la photo en la collectionnant, la montrant, la conservant, l'étudiant et en publiant. Or ces cinq éléments me semblent indispensables.» Bref, dans ce petit trou inaccessible que peut paraître Hermance, la fondation de ses père et belle-mère lui apparaît exemplaire.

Restait encore à parler des collections Auer. Jean-Marc Schilling s'est concentré sur la bibliothèque, qui tourne actuellement autour des 27 000 volumes. Il y a là de tout («même des ouvrages rares et magnifiques» dira lors d'une intervention Michèle Auer), mais ce n'est pas là le but. Né bien avant la publication de l'énorme «Encyclopédie» du couple, celui-ci reste de regrouper l'ensemble existant sur le domaine depuis ses pré-balbutiements à la fin du XVIIIe siècle. Il a fallu du temps pour y arriver. «Michel a acquis le premier livres en 1951, à 18 ans.»

Exposition à Tavel en septembre

La projection d'« Un siècle de gloire» de Pascal Nordmann, court-métrage d'animation produit avec l'aide de la Fondation Auer-Ory est venue rappeler l'actualité. Les dessins en largeur («même s'il ne s'agit pas de ceux que j'ai utilisés, mais d'autres conçus pour une présentation murale», me souffle l'auteur) sont aujourd'hui accrochés sur les murs d'Hermance. Il y a aussi l'avenir, sur lequel je m'enquiers. Pour les Auer, après un Musée d'art et d'histoire encore placé sous la houlette de Cäsar Menz et deux Commun du BAC (ou Bâtiment d'art contemporain), il se situe à la Maison Tavel dès le 27 septembre. Qu'y aura-t-il? «Les primitifs romands», me répond Michèle. «L'exposition ira de l'invention de la photographie en 1839 à 1860. La première génération.» Certains cantons se sont montrés plus actifs que d'autres. «Nous avons presque trop pour Vaud, alors que nous cherchons des images du Valais réalisées par d'autres gens que des étrangers.»

On peut voir là un soutien de la Ville. A moins qu'il s'agisse d'une utilisation. On sait que, sous l'impulsion de Sami Kanaan, Genève se veut une cité pour la photographie, ce qu'elle ne constitue à mon avis pas fondamentalement. Le magistrat souhaite pour la chose un lieu durable autre que le Centre du BAC, au propos marginal et politisé. Il y aura ainsi du 19 juin (c'est tout bientôt) au 15 août une nouvelle édition des 50 JPG, ou 50 Journées pour la photographie, une manifestation épisodique créée en son temps par son prédécesseur Patrice Mugny. Je ne peux pas dire qu'on croule sous les informations. Rien reçu (ce qui m'étonne peu, vu mes rapports avec la Ville). Rien vu non plus comme affiche. M'est avis que la manifestation risque de passer inaperçue. Je ne saurais affirmer qu'il existe du côté du public une attente. Au plus se déclarera, ou non, une envie le moment venu. Un peu comme quand on se gratte. Voilà ce qui arrive quand on est atteint de «festivalite».





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