Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La foire "Art/Paris" a inauguré le Grand Palais éphémère de Jean-Michel Wilmotte

Le bâtiment a été construit en bois pour un coût pharamineux. Il servira à des salons et à des événements jusqu'en 2024. Ou encore plus tard...

Le palais éphémère. On entre en fait par l'autre côté. Celui-ci permet une vue sur la Tour Eiffel.

Crédits: Grand Palais éphémère.

Le bâtiment sera-t-il appelé à devenir «du provisoire qui dure»? La question se pose à propos du Grand Palais éphémère, qu’a inauguré la foire «Art/Paris» du 9 au 12 septembre (1). Ce n’est pas que la construction soit génialissime. Loin de là. Mais elle a coûté invraisemblablement cher pour un édifice devant se voir démonté à l’automne 2024. Le budget annoncé en 2019 était de 40 millions d’euros. «Entièrement financé par le revenu des locations» précisait-on à l’époque, ce qui laisse supposer des loyers considérables. Le vrai Grand Palais, de l’autre côté de la Seine, en reste de plus à ses prémices de restauration. C’est un peu comme Notre-Dame. On se prend à douter que les travaux seront terminés pour les Jeux olympiques de Paris (2), même si à ma connaissance aucune joute sportive n’est prévue dans la cathédrale. Je rappelle que la réfection du monument des Champs-Elysées devrait coûter la modique somme de 440 millions.

Or donc, un énorme pavillon s’est vu construit «en attendant». Le lieu choisi pour le Grand Palais éphémère était le Champ de Mars. Très loin de la Tour Eiffel. Pour tout dire, nous sommes à l’opposé de cette dernière. La chose s’est vue plaquée contre l’Ecole militaire, qui a du coup beaucoup perdu de sa visibilité. Dommage pour la création d’Ange-Jacques Gabriel, voulue par Louis XV en 1751. C’est son chef-d’œuvre avec la place de la Concorde et le Petit Trianon. Les façades de ce conglomérat de pavillons, largement (et lourdement) complété à la fin du XIXe siècle, ont de plus été bien nettoyées… Mais Paris superstar ne pouvait se priver ni du Saut Hermès, ni des défilés Chanel, ni des JO, n'est-ce pas? Il fallait donc du provisoire… mais du provisoire de luxe. Et tant pis si l’on aurait pu faire des choses un peu plus intéressantes avec cet argent!

Un dirigeable géant

Le concours a été remporté par Jean-Michel Wilmotte, 73 ans en 2021. On sait que l’homme a commencé par des réaménagements intérieurs, comme celui du Musée des beaux-arts de Lyon ou du Rijksmuseum d’Amsterdam. Ce n’était sans doute pas assez prestigieux pour lui. Comme les petits rats de l’Opéra rêvant de devenir danseuse étoile, le décorateur a voulu édifier des vrais gratte-ciel (à Dallas ou à Séoul) et devenir urbaniste (je citerai Nîmes). Et c’est là que les choses se sont un peu gâtées, même si je trouve l’allée menant de la gare au centre de Nîmes très bien. Appuyé par son bureau tentaculaire, Wilmotte a donc voulu son «geste» pour Paris. Un machin dont on se souviendrait, même s’il est supposé provisoire.

La construction. Le moment spectaculaire. Photo Patrick Tourneboeuf, Tendance floue.

Le résultat ressemble un peu à un dirigeable géant, en forme de croix, qui serait venu se poser sur l’herbe plutôt rare du Champ de Mars. La forme se révèle tout en courbes, avec beaucoup de hauteur sous ce que je peine à appeler un plafond. L’édifice en bois (on se veut écoresponsable) joue ainsi les rondeurs, avec au centre des éminences rappelant l’Ecole voisine. Mais des éminences se terminant par des sortes de boudins de plastique transparent. Le tout se veut en effet lumineux. Il y parvient du reste. De là à dire que le résultat se révèle particulièrement esthétique ne me viendrait pas à l’idée. Les photos de chantier en cours étaient nettement plus séduisantes. Le machin reste cependant du coup visiblement démontable, ce qui me semble rassurant.

Une gigantesque charpente

A l’intérieur, sous les quarante-quatre arches assemblée en trois mois, il y a de la place. Un hectare. Les vingt mètres de haut permettent au public de respirer. Il s’entend peu de bruits parasites, ceux-ci étant absorbés par la gigantesque charpente. S’il paraît un peu curieux de retrouver à l’intérieur la statue (restaurée pour l’occasion) du Maréchal Joffre, elle ne gêne personne. Enfin, l’espace apparaît transformable sans peine au gré des salons. Les expositions, elles, iront en effet se faire voir ailleurs. Jean Tinguely à La Villette en 2022. Des manifestations plus petites au Luxembourg. Ou en régions. La Réunion des Musée nationaux (RMN) se met un peu en sourdine. Discrètement. Sans trop l’avouer. Il faut dire que ses dernières prestations n’ont pas constitué des succès commerciaux. Et, comme vous l’avez compris, le Grand Palais éphémère restera avant tout un lieu, pour ne pas dire une entreprise, commercial(e). Par ici la monnaie…

(1) Un texte sur «Art/Paris» précède immédiatement celui-ci dans le déroulé de cette chronique.
(2) Le Grand Palais éphémère devrait abriter les compétitions de judo en été 2024.

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