Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La flèche gothique disparue de la basilique de Saint-Denis se refera pour de bon!

Le chantier sera finalement payé avec de l'argent public. Des entreprises remplaceront les artisans. Il faut satisfaire les ambitions du nouveau maire...

Avant et après, comme pour les régimes!

Crédits: DR.

Il existe des serpents de terre comme il y a des serpents de mer. En fait partie la flèche de la basilique Saint-Denis, près de Paris. On sait que l’originale a été démontée comme un Lego en 1847. De violentes tempêtes avaient «fragilisé» cette construction gothique remontant au XIIIe siècle. Les «déconstructeurs» (pour parler comme on doit le faire aujourd’hui, afin d'éviter le vilain mot de démolisseurs) n’y étaient pas allés de main morte. Ils avaient ratiboisé la tour gauche jusqu’à la hauteur de la nef. Pour tout dire, sa jumelle, restée inachevée, dominait dès lors le paysage. Elle le fait toujours du reste.

Il se trouve toujours des nostalgiques. Comme on reparle périodiquement de reconstruire le palais des Tuileries, qui fermait le Louvre jusqu’en 1871, il y a ainsi eu plusieurs projets de rétablir la flèche brisée. Avec les pierres d’origine, si possible. Aucun de ces plans sur la comète n’est allé bien loin. Jusqu’au rêve actuel. Il s’agissait au départ d’un chantier «à l’ancienne», dont les visites payantes auraient permis d’envisager un autofinancement. Tout eut été refait selon les techniques du Moyen Age. Je vous en ai déjà parlé. Les gens auraient découvert les nouveaux bâtisseurs de cathédrale à l’ouvrage depuis une plateforme situle en haut de l’autre tour. Vue plongeante, comme peuvent l’être certains décolletés. Architecte des Monuments historiques, Jacques Moulin avait prévu une variante de type «Guédelon», du nom d’un château construit depuis 1997 «ab nihilo» selon les modes de faire ancestraux à maintenir en vie.

Une cagnotte interdépartementale

Aujourd’hui, plus de Guédélon! Et les financements, que tout le monde avait promis privés, passent au public par un adroit tour de passe-passe. Le nouveau maire socialiste de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, a plébiscité les techniques du XXIe siècle. Autant dire que les entreprises les plus novatrices (et les plus industrielles) se verront conviées. Je viens de lire cela dans le numéro actuel de «Le Journal des arts» sous la plume d’un Monsieur Hammache portant le prénom merveilleux de Sinbad. L’idée est de faire vite. Pas autant qu’à Notre-Dame, mais tout de même! Monsieur le Maire veut que tout soit bouclé avant 2028. Il y a une bonne (ou plutôt une mauvaise) raison à cela. Cette année-là, Saint-Denis est candidate au titre de Capitale européenne de la Culture. Oui, Saint-Denis! Une des villes les plus pauvres et les plus déshéritée sur le plan intellectuel de France. Autant dire qu’il faut tout sacrifier à cette ambition.

Restait le problème d’argent. En décembre dernier, Roselyne Bachelot rappelait encore qui fallait «trouver des mécènes». Plus besoin actuellement. Le chantier pourra démarrer avec les 20 millions d’euros donnés par le Fonds de solidarité et d’investissement interdépartemental, créé en 2019. Il s’agit là d’une tirelire destinée à «rééquilibrer les inégalités territoriales de la Région». Mathieu Hanotin assure que cette aumône couvrira les deux tiers du budget. Etrange quand on sait qu’il faudra un milliard pour Notre-Dame. La cathédrale parisienne n’est finalement pas tellement plus vaste que cette basilique. Pensez qu’il y aura en plus de la flèche des fouilles archéologiques préalables. Plus une consolidation, la nouvelle construction n’allant pas tenir par la force du Saint-Esprit. Avouez qu’il semble permis de se poser des questions.

Du tape-à-l'oeil

Ces dernières ne se révèlent pas toutes d’ordre financier. Quoique… Comme le faisait remarquer il y a déjà longtemps «Le Tribune de l’art», est-il judicieux de construire aujourd’hui une fausse flèche en style gothique, alors que d’authentiques chefs-d’œuvre de la fin du Moyen Age s’écroulent dans la province française? Tout va outre Jura à quelques monuments emblématiques, pour lesquels il se dépense sans compter. La semaine prochaine démarre à un jet de pierre de l’Elysée les travaux du Grand Palais. Coût 466 millions. Villers-Cotterêt doit sortit de sa torpeur d’ici 2023 selon le président. Coût au moins 100 millions. Notre-Dame servira de cerise confite (en dévotions) sur le gâteau des Jeux olympiques de 2024. Coût un milliard. Et le reste? Eh bien, il faut boucler les travaux avec des clopinettes. Ou les abandonner. On comprend que Stéphane Bern s’arrache les cheveux. C’est n’importe quoi pour satisfaire quelques ego. Le tout-à-l’ego en quelque sorte!

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