Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La fermeture des musées d'Etat fait perdre à l'Italie 516 millions d'euros par semaine

Les 358 établissements d'Etat génèrent bel et bien 27 milliards d'euros par an, en comptant toutes les dépenses que font sur place 53 millions d'amateurs d'art.

La foule devant les Offices à Florence.

Crédits: AFP.

Oui. Cela fait beaucoup d’argent. Surtout pour une nation où 1000 euros par mois représentent déjà un salaire décent. Les musées d’État italiens rapporteraient dans l’année 27 milliards d’euros au pays. Ils représenteraient ainsi, avec leurs 53 millions de clients, le 1,6 du produit national brut (PIB). Un peu moins que les domaines fruitiers ou céréaliers. Pour une fois culture et agriculture se retrouveraient ainsi au même rang.

Ce chiffre ne sort pas d’un chapeau magique. Il est dû aux calculs du Boston Consulting Group, qui a rendu sa copie au ministre des Biens et Activités culturels et du Tourisme Dario Franceschini l’automne dernier. Tout s’est vu compté. Il semble clair qu’une somme aussi astronomique ne peut pas provenir de la seule billetterie. Les experts sont partis des voyages nationaux et internationaux effectués en but de visiter les Offices de Florence, le Brera de Milan ou l’Accademia de Venise. Ont ainsi été pris en compte les déplacements sur le sol national, les nuitées d’hôtel ou les factures de restaurants, parfois gastronomiques. Je sais ça après avoir lu un article très bien fait sur «Il Sole-24 Ore».

Ce chiffre reste bien sûr partiel. Il n’existe en tout que 358 musées nationaux. Ne figure donc pas dans le total l’argent induit par les institutions municipales, très nombreuses, oui celles relevant du privé. La Peggy Guggenheim Collection de Venise constitue ainsi une mine d’or. La somme globale serait du coup très accrue, alors qu’elle reste faible pour les théâtres et les salles de cinéma de la Péninsule, qui ne forment guère des buts de séjour. Les premiers généreraient à peine 30 millions par an. Les cinémas trois. Une désolation pour une nation qui a longtemps possédé la cinématographie la plus dynamique d’Europe. Cela dit, ces derniers chiffres me semblent tout de même un peu bizarres. Je vous les donne tout de même.

117 000 employés concernés

Cette manne se retrouve bien sûr tarie en ce moment. Fermés, les musées ne rapportent plus un clou, alors que les coûts, eux, continuent sur leur lancée. Le personnel concerné se monte par addition à 117 000 employés, tout compris. La perte hebdomadaire pour le pays se voit donc estimée à 516 millions d’euros par semaine.

Eike Schmidt. Photo Uffizi, Florence 2020.

Il n’y a plus qu’à prévoir un après, dans un pays très touché par la pandémie. Certains y travaillent déjà. Eike Schmidt, à la tête des Offices, vient ainsi de donner un long entretien repris en français dans «Le Journal des arts» en ligne. Le confinement a d’une part permis des travaux de rangement. D’une autre la réflexion sur l’offre virtuelle qui se retrouve en plein boum (avec beaucoup de choses souvent ennuyeuses ou infantilisantes). Il prédit enfin un grand retour au concret. Après tant d’images sur le Net, les amateurs auront selon lui envie de voir des tableaux pour de vrai.

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