Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La demande de référendum contre la Cité de la Musique genevoise a abouti

Les 3200 signatures sont réunies. Le comité référendaire a prévu large. Il devrait y avoir une votation municipale en 2021. Impossible d'en prévoir le résultat.

Le projet de la Cité, prévue pour ouvrir ses portes en 2025.

Crédits: Cité de la Musique.

Affaire conclue! Mais de loin pas terminée. L’important reste cependant que les choses avancent. Je vous ai raconté fin octobre comment l’organisation Contre l’enlaidissement de Genève se battait pour sauver les arbres des Feuillantines, à la place des Nations. Plus la villa elle-même. Je vous ai aussi dit ce que je pensais de la Cité de la Musique devant prendre leur place. Un hochet de vanité à 300 millions, venus du privé, voulu par certains aux dépends des artistes indépendants. Et ce alors que le Conservatoire vient de doubler de surface. Si je vous répète tout cela, c’est pour bien montrer que je ne suis pas neutre dans cette histoire connaissant aujourd’hui un nouveau pas décisif.

Que s’est-il récemment passé? Très simple. La demande de référendum a abouti. Ce n’était pas gagné d’avance. Il fallait récolter 3200 signatures au pire moment, celui du semi confinement ne disant pas son nom. Rien que demander aux passants de tenir un stylo bille a souvent posé problème. Les gens avaient peur de se retrouver contaminés. Un délai exceptionnel, vu les circonstances, avait pourtant été accordé aux requérants (1). Il leur fallait en plus contrer le matraquage des promoteurs, soutenus par la Municipalité. N’ont-ils pas obtenu que la Ville installe des panneaux pour vanter les bienfaits de leur projet? J’en ai notamment vu sur le pont de l’Ile. La presse locale se montrait comme il se doit bienveillante pour ce projet pharaonique. Autant dire que les choses partaient mal. Patrimoine Suisse Genève n’a lui-même pas fait son devoir. Il n’a soutenu le Comité référendaire qu’à la dernière minute, et du bout des lèvres. Il faut dire que l’organisation, décapitée par le départ de son président Robert Cramer, parti en juin dernier pour coiffer la Fondation du PAV (Praille-Acacias-Vernets), n’est pas au mieux de sa forme.

Coalition d'intérêts

Finalement, les listes de signatures se sont tout de même allongées. Il y a là les amis du patrimoine en raison de la démolition prévue de la villa Les Feuillantines. Les écologistes scandalisés par l’abattage d’arbres centenaires. Les vrais écologistes. Pas ceux du parti osant encore se dire Vert. Les musiciens indépendants, laissés sur le carreau, ont apposé leur paraphe. Idem avec des citoyens terrifiés par l’idée que la Ville doive assumer le budget de fonctionnement (13 millions par an). La Cité, à l’architecture d’une rare médiocrité (selon moi, tout au moins), se verrait certes offerte à Genève. Mais à la manière d’une voiture dont il faudra tout de même faire le plein d’essence. Par sécurité, les initiants ont prévu une grosse marge. Mieux vaut trop de signataires que pas assez. Il y a ainsi plus de 4000 noms. 4656, pour se montrer précis.

Les feuilles dûment remplies devraient se voir présentées ce lundi 21 décembre aux autorités dites compétentes. Pour la suite, on verra. Un référendum municipal est envisageable en 2021. Il rappellera celui contre l’extension du Musée d’art et d’histoire en février 2016, qui avait vu le triomphe du «non» à 54 pourcent. Difficile bien sûr de prévoir cette fois le résultat. Les opposants ne voteront pas tous pour les mêmes raisons. Il s’agit bien ici d’un cumul de forces sociales et politiques souvent opposées en temps normal. N’a-t-on pas vu en octobre dernier une conférence de presse où Maria Perez d’Ensemble à gauche et Eric Bertinat de la très à droite UDC faisaient ami-ami? Il faut dire qu’à Genève comme souvent ailleurs, les partis extrémistes (il n’y a pas ici de jugement de valeur) doivent se liguer contre les centristes formant un énorme ventre mou.

Suite à venir

J’aurai l’occasion de revenir prochainement non pas seulement sur l’avenir aventureux de Patrimoine Suisse Genève, mais sur Contre l’enlaidissement de Genève, qui a sorti son calendrier 2021. Je reviendrai également prochainement sur la conférence de presse (sans journalistes présents, à part moi), tenue le lundi 21 décembre. On y a appris des choses édifiantes.

(1) Le délai se terminait initialement le 24 novembre.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."