Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La critique d'humeur se justifie-t-elle aujourd'hui? Pour moi, bien sûr que oui!

Je n'ai pas beaucoup aimé l'exposition actuelle de l'Elysée. Dois-je le dire, ou me taire? Dans un monde devenu lisse, il me semble qu'il faut prendre le risque de déplaire.

Le nouvel Elysée en construction à Plateforme10.

Crédits: Elysée, Lausanne 2020.

Vous l’avez sans doute remarqué. Dans la chronique située un cran plus haut dans le déroulé de ce blog, j’ai fait une recension mitigée de «reGeneration4», l’actuelle exposition de l’Elysée  à Lausanne. La dernière avant la fermeture du site actuel. Dès la fin 2021, le musée «pour la photographie» se retrouvera en effet dans un bâtiment tout neuf à Plateforme10, à côté de la gare. Un édifice aujourd’hui en pleine construction. J’ai été y mettre le nez. Un nez un peu lointain, tout de même. Eh bien je puis vous dire que les travaux avancent!

La question actuelle n’est cependant pas là. Un article négatif se justifie-t-il encore aujourd’hui? Vous l’avez sans doute remarqué. A la critique plus ou moins argumentée s’est presque partout substituée la simple information. L’auteur du texte ne donne aucune opinion. Il tend son micro à un conservateur ou à un commissaire. En sort un article fatalement élogieux, enrobé de quelques images en couleurs. Normal! Les responsables d’un accrochage tiennent à donner la meilleure image possible de celui-ci. Nous sommes en plus à l’ère des «like». De la pensée positive. Des opinions lisses. J’ai ainsi lu il y a quelques mois dans un journal germanique (le 1ernovembre 2019 dans «Die Zeit», pour être précis) que le 63 pour-cent des Allemands estimait aujourd’hui que donner un avis tranché en public pourrait leur valoir des ennuis.

Non à l'eau tiède!

Eh bien je maintiens l'utilité d'une critique, parfois acérée. Du billet personnel, voire d’humeur. Je vois à cela plusieurs raisons. D’abord, il ne faut pas abuser de l’eau tiède. Il convient de créer au besoin la polémique, sans tomber dans les excès des réseaux sociaux tenant de la chasse aux sorcières. Une exposition mise en avant, ou descendue en flammes, prend tout à coup une couleur, et pour tout dire une saveur. Dire de l’une d’elles qu’elle est «la pire de l’année» doit au moins susciter un peu de curiosité. Je suis du reste sûr que si l’on demandait à une institution de choisir entre un entrefilet flatteur et une page entière destructrice, elle choisirait à coup sûr cette dernière.

Il y a de toute manière la publicité! Depuis une vingtaine d’années, le nombre d’expositions a augmenté de manière exponentielle, alors que les médias se rabougrissaient comme des petits vieux perclus de rhumatismes. Arriver à faire parler de soi devient de plus en plus difficile. Plus assez de presse écrite ou d’émissions de radio ou de TV. Il y a des jours où je me demande avec qui les chargées de communication communiquent encore. Bénéficier d’une mise en vedette tient donc du cadeau. Parfois empoisonné. D’un coup, on existe. On rencontre une caisse de résonance dans le désert. L’Elysée lausannois n’en est certes pas là. N’empêche que son aura nationale et internationale a diminué depuis les années 1990. Ce n’est plus l’unique musée dédié au8e art, mais seulement l’un d’eux. Il n’offre du coup plus rien d’incontournable. Alors, toute littérature devient bonne à prendre. Une mauvaise publicité reste de la publicité!

Et puis après tout n’en faisons pas des drames. Comme dirait Margaret Mitchell, autant en emporte le vent! Qui se souviendra de mes paroles dans quelques jours?

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