Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Collection Walter-Guillaume change de visage dans l'Orangerie parisienne

La nouvelle présentation a effacé Domenica la collectionneuse au profit de son premier mari, le marchand d'art Paul Guillaume. Un traficotage mémoriel douteux.

L'une des nouvelles salles abritant la collection.

Crédits: Sopie Crépy, Orangerie, Paris 2021.

Il y a quelques jours, je vous parlais de «Domenica la diabolique». Mais oui! Rappelez-vous. Dans cette biographie de Juliette Lacaze, devenue «Domenica» par la grâce de son premier mari le galeriste Paul Guillaume puis Mme Walter en épousant en seconds noces un industriel milliardaire, je vous ai raconté comment s’était formée la collection aujourd’hui aux murs de l’Orangerie à Paris. Un énorme ensemble de peintures allant de Renoir à Picasso, en passant par Cézanne ou le Douanier Rousseau. Il y a bien des choses louches à découvrir dans le livre de Christine Clerc. Deux époux ayant été envoyés un peu vite «ad patres». Plus une tentative d’assassinat sur la personne d’un fils adoptif, devenu cohéritier.

Jusqu’ici, la chose se voyait honnêtement racontée dans l’Orangerie, qui avait déjà connu plusieurs mutations. Dans l’élégant bâtiment Napoléon III, les toiles acquises pour une bouchée de pain vers 1960 par l’État en compensation (sans doute) de l’extinction des plaintes pénales, ont commencé par se retrouver au premier étage. Un bel escalier à double révolution permettait d’y accéder, les «Nymphéas» de Claude Monet restant au rez-de-chaussée. De grands travaux ont plus tard permis la création d’un étage en sous-sol. Il accueillait désormais les tableaux hérités ou acquis par Domenica après la mort de Paul Guillaume en 1934. Un espace souterrain se voyait cependant réservé à des expositions temporaires, portant sur l’art du XXe siècle. Souvent excellentes. Je citerai ces dernières années celle sur l’écrivain Guillaume Apollinaire ou celle présentant aux Français les Allemands August Macke et Franz Marc. Monet se retrouvait désormais dans un rez-de-chaussée lumineux, car haut de plafond. L’étage et l’escalier avaient en effet disparu.

Art africain de retour

Nous en arrivons aujourd’hui à un changement moins radical. La Collection Walter-Guillaume s’est vue «repensée», avec un accrochage très différent, les œuvres restant bien sûr les mêmes. Qu’est-ce qui a alors vraiment changé? L’approche. Domenica s'est vue évacuée du nouveau propos. Il y a par-ci par-là son prénom bien sûr, avant qu’elle devienne «la veuve». Mais aucune mention de son second mari, et a fortiori d’une «affaire» ayant pourtant fait vibrer le pays. Tout tourne désormais autour de Paul Guillaume, pionnier du marché de l’art moderne et de celui de l’art africain. Vendues par Domenica au fil du temps, des statues d’art tribal lui ayant appartenu ont ainsi été amenées du Quai Branly. Un peu plus loin, ce ne sont plus les appartements de madame qui se voient évoqués par les scénographes, mais ceux de Paul.

Qu’en retire le visiteur un tantinet averti? Que la photo historique s’est vue retouchée, comme cela se pratiquait naguère dans l’URSS stalinienne ou la Chine maoïste. Il n’y a de mensonge que par omission. Mais plus rien du coup qui puisse déranger, voire même faire réfléchir. D’où une certaine gêne, même si les Picasso et les Cézanne restent aussi beaux. Je resterais moins élogieux pour les Derain, les Marie Laurencin ou même les Matisse, un peu trop décoratifs. C’était pourtant souvent là le goût sage de Domenica, la dame qui a donc passé à la trappe. Cela dit, j’ai vérifié. «Domenica la diabolique» de Christine Clerc, publié par l’Observatoire, se trouve bien sur un présentoir dans la librairie du musée…

Pour les données horaires, voir l’article précédent de cette chronique. Il y est en effet question de l’actuelle exposition de l’Orangerie, vouée à Magritte et Renoir.

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