Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Cité de l'Architecture présente à Paris les meubles des années 1960 à 2020

Il y a 250 pièces réparties dans tout le bâtiment de Chaillot. C'est beaucoup. Mais cela permet aussi de visiter des parties peu connues du musée. A part cela, des réussites et des prétentions.

Une vue de la salle d'exposition dans les caves. Au premier plan, une création de Gaetano Pesce.

Crédits: Cité de l'Architecture

On aurait imaginé l'exposition à l'ex-Musée des arts décoratifs de Paris, qui est MAD de mobilier. Elle se retrouve pour quelques jours encore à la Cité de l'Architecture, à Chaillot. Il faut dire que nous sommes à un point d'intersection. Les 250 pièces (oui, c'est beaucoup...) émanent d'architectes opérant depuis le début des années 1960. On sait qu'ils ont, ou ont été (certain ne vivent plus), nombreux à se risquer dans ce domaine. Et cela de Zaha Hadid à Mario Botta en passant par Shigeru Ban... qui a conçu un banc.

La chose n'offre rien en soi de nouveau. Au XVIIIe siècle déjà, les frères Adam ou William Kent livraient en Angleterre de merveilleuses maisons dont ils avaient conçu les fauteuils, les tapis et même les entrées de serrure. La pratique s'est multipliée au XXe siècle, les meubles se dissociant peu à peu de leur contexte pour se retrouver en vente dans des magasins. Les architectes sont alors devenus des «designers» chics, ce qui leur va bien. On sait à quel point les plus célèbres d'entre eux peuvent avoir le melon. La grosse tête aide à imposer des créations parfois peu pratiques, voire inconfortables. En parcourant la Cité, je me suis ainsi félicité de ne pas avoir à m'asseoir sur le prototype de fauteuil dessiné par Edouard Albert en 1968 ou sur la «Girafa» imaginée en 1987 par Lina Bardi, Marcelo Ferraz et Marcelo Suzuki.

Fresques et moulages

La manifestation étant énorme, elle se déploie dans presque tous les espaces de la Cité. Le parcours commence dans la bibliothèque, puis suit une partie des galeries de fresques. C'est l'occasion de revoir une partie négligée, et pourtant remarquable, des lieux. Jusque dans les années 1950 ont été copiées les peintures romanes et gothiques ornant des monuments français perdus quelque part en province. Là où l'on n'ira jamais. Il est d'ailleurs permis de se demander dans quel état se trouvent aujourd'hui certains d'entre eux... Puis le public gagne la galerie du XXe siècle, descend vers celle des moulages, où se trouvent les reproductions des plus célèbres monuments médiévaux (dont certains ont disparu en 14-18 ou en 39-45). Il termine au sous-sol, où se trouvent les deux grandes salles d'exposition. Notez que les meubles n'occupent que l'une d'elles. L'autre est vouée à trois architectes français contemporains. La chose s'intitule «La paysage de l'excellence». Le melon, encore...

L'affiche de l'exposition. Photo Cité de l'Architecture

Il y a bien sûr à boire et à manger dans cet aperçu, où le monstrueux côtoie le pratique et l'esthétique. Si j'aime bien les fauteuils en carton pressé de Frank Gehry, la «Soft Pad Chaise ES 106» des époux Eames, le «Tea & Coffee Piazza» d'Aldo Rossi ou le «Fauteuil MG3» de Michael Graves, certaines choses me terrorisent. Le melon, toujours... On sent qu'un océan de prétentions a refusé de penser aux utilisateurs futurs. Il faut dire qu'un meuble d'architecte passe pour plus prestigieux qu'un autre dû à un designer ou à un simple artisan. C'est symptomatique. En «vintage», une céramique de Gio Ponti ou un verre de Carlo Scarpa vaut aussi toujours plus cher que les autres, même s'il n'y pas forcément de quoi.

Un métier en soi

Lionel Blaisse et Claire Fayolle se sont chargés du commissariat. Pour eux, il fallait «faire redécouvrir l'immense patrimoine du musée», largement en caisses. Il s'agissait aussi de proposer ce qu'on pourrait appeler (en petit, tout de même) des œuvres d'art totales. «Non seulement l'architecte conçoit les projets, mais il en suit personnellement la réalisation.» Ce n'est pas un employé, mais un invité. On le respecte. Et cela alors que certains des créateurs proposés à la Cité ont en réalité peu construit. Citez moi beaucoup de villas ou d'immeubles dessinés par Gaetano Pesce, Joe Colombo, Ettore Sottsass ou Alessandro Mendini! Des Italiens, comme par hasard. Que voulez-vous? Dans la Péninsule, l'objet fait vite figure d’œuvre.

Pratique

«Le mobilier d'architectes, 1960-2020», Cité de l'Architecture, Palais de Chaillot, 1, place du Trocadéro, Paris, jusqu'au 30 septembre. Tél. 00331 58 51 52 00, site www.citedelarchitecture.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 19h, jusqu'à 21h le jeudi.

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