Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Cité de l'architecture montre à Paris les trésors dessinés de l'Albertina viennois

Une centaine de feuilles ont été retenues sur les milliers possédés par l'institution. Placé sous le signe de la variété, le parcours va de Giulio Romano au XVIe siècle à Zaha Hadid au XXIe.

Un projet de porte, jamais réalisé, pour le Palazzo Te de Mantoue par Giulio Romano, vers 1540.

Crédits: Albertina, Vienne 2020.

Formé avec les collections du duc Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), époux de l’archiduchesse Marie-Christine de Habsbourg, d’où son nom, l’Albertina de Vienne passe à juste titre pour l’une des plus belles collections de dessins du monde. Régulièrement complété depuis, cet énorme ensemble fait partie des rares fonds anciens n’ayant jamais été dispersés. Le lieu l’abritant est longtemps demeuré confidentiel, refermé sur lui-même à la manière d’une huître perlière. Depuis une quinzaine d’années, il a cependant développé une magnifique politique d’expositions. Certaines d’entre elles se voient livrée clés en mains. Tel est aujourd’hui le cas pour «Trésors de l’Albertina, Dessins d’architecture». La Cité du patrimoine parisienne propose la chose en complément de la rétrospective Otto Wagner, dont il est question une case plus haut dans le déroulé de cette chronique. La coïncidence a permis à la Cité de concevoir une saison autrichienne, comme le Petit Palais en a développé une autre avec Naples.

Comment définir la présentation? Disons qu’il s’agit d’un accrochage. D’un florilège. Il y a bien sûr quelques thèmes pour rythmer cette présentation de belles feuilles, allant du XVIe au XXIe siècle. Mais il serait plus juste, et en même temps plus flatteur, de parler ici d’un bouquet réuni pour le plaisir de l’œil. Avec un net souci de variété. Il se trouve aussi bien aux cimaises des productions d’architectes patentés que des dessins d’artistes connus montrant des constructions. Certaines créations se révèlent très abouties. A la fin du XVIIIe siècle, en raison d’une grave crise économique, les bâtisseurs se sont contentés de projets sur papier vendus un peu comme des tableaux. D’autres croquis tiennent au contraire de l’esquisse. C’est le cas du Bernin, véritable chef d’orchestre de l’urbanisme romain au XVIIe siècle, ou de son rival, le Tessinois Francesco Borromini. Ce de cernier, l’Albertina possède plus de mille dessins. Autrement dit, presque trop.

Alternances

Très agréable, le parcours dans une immense salle conçu par le commissaire Christian Benedik joue donc sur l’alternance de l’ancien et du moderne (voire du contemporain avec des gens comme Zaha Hadid). De l’achevé et du brouillon. Du noir et blanc et de la couleur. De l’utopiste et du réaliste. Du monumental et du modeste. Il s’agissait d’éviter la monotonie. Un sentiment que peut engendrer les expositions, par ailleurs rares, sur le dessin d’architecture.

Projet d'une cathédrale pour Rio par Clemens Holzmeister, 1952. L'utopie totale. Succession Clemens Holzmeister, Albertina, Vienne 2020.

Celui-ci est-il aujourd’hui arrivé au bout de son existence? Il devient légitime de se poser la question. L’ordinateur sert désormais de table de travail. Une certaine poésie de l’architecture s’est du coup perdue. Une source de revenus pour les dessinateurs aussi. Jusqu’à quel point les plans et élévations actuels demeurent-ils des objets de collection? Notez qu’il existe des résurgences. Quand le Centre d’art contemporain a présenté en 2013 à Genève Pablo Bronstein, il se rapprochait de la notion classique du dessin d’architecte, avec ce que cela suppose de tracés à l’encre, d’ombrages et de filets aquarellés. Tout finit par revenir.

Pratique

«Trésors de l’Albertina, Dessins d’architecture», Cité de l’architecture & du patrimoine, Palais de Chaillot, 1, place du Trocadéro, Paris, jusqu’au 16 mars. Tél. 00331 58 51 52 00, site www.citedelarchitecture.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 19h. Le jeudi jusqu’à 21h.

Une cour de maison modeste, vue au XVIIIe siècle par François Boucher. Le reflet de la réalité. Photo Albertina, Vienne 2020.

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