Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La chute de la maison Wildenstein. Une affaire de femmes. Petit rappel des faits

La réédition du livre d'entretiens avec Daniel Wildenstein occulte la suite, qui n'a rien de reluisant. Voici comment sa veuve spoliée a fini par faire éclater la vérité sur la famille.

Guy Wildenstein et son avocat Hervé Temime à l'issue du procès de 2017

Crédits: Alain Jocard AFP

«Corruption active et passive». «Blanchiment». «Trafic d’influences». «Abus de confiance». «Faux et usages de faux». «Organisation frauduleuse d’insolvabilité». «Recel». On ne peut pas dire que les chefs d’accusation aient manqué lors des procès intentés au Wildenstein en 2016-2017. L’affaire s’est cependant terminée sur le plan pénal par une relaxation. Plutôt gêné aux entournures, le président de la Cour a eu la phrase mettant tout le monde mal à l’aise. «Cette décision est capable de heurter le sens commun.» La foi dans la Justice aussi, qui n’était déjà pas bien grande. Mais c’est le droit! Si certaines pratiques, notamment sur la déclaration au fisc des trusts étrangers, deviennent aujourd’hui condamnables, c’est grâce à ce qu’on a surnommé en 2011 la«Loi Wildenstein». Et puis, pour d’autres accusations, il existait la prescription. Il faut dire que l’État français a longtemps freiné des quatre fers l’avancée du dossier. Daniel Wildenstein aurait soutenu financièrement la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Reste pendante l’affaire civile. Représentée par Guy Wildenstein, le fils survivant de Daniel, la famille devrait en principe verser une amende de 660 millions d’euros.

Sylvia Wildenstein. Photo Angeli, Pure People.

Comment en est-on arrivé là? Par cupidité. En 2001, Daniel meurt. Ses deux fils Guy et Alec font signer à la veuve toutes sortes de papiers, certains écrits en japonais. Ils l’ont persuadée de renoncer à tout, prétendant qu’il y avait menace de ruine et des ennuis judiciaires pouvant mener à la prison aux Etats-Unis. Deux mensonges. Sylvia découvre l’étendue de sa bévue en réalisant que ses chevaux de course ne lui appartiennent plus. Cette blonde siliconée passe auprès des siens pour une écervelée, incapable de comprendre un chiffre. C’est oublier que sous le nom de Sylvia Roth elle a été sergent dans l’armée israélienne. La lionne se réveille. Elle choisit une avocate peu connue, mais pugnace, Claude Dumont-Beghi. L’entente se révèle parfaite. Une sorte de sororité. Les deux femmes vont se battre ensemble, Sylvia refusant tout accord à l’amiable avec une tribu devenant peu à peu inquiète. Il en ira ainsi jusqu’en 2010 quand Sylvia meurt d’un cancer en faisant promettre à sa coéquipière de continuer la lutte. Alec avait disparu deux ans plutôt. Une dernière joie, sans doute, pour Madame Daniel Wildenstein.

Le fil et la pelote de laine

Peu à peu, selon le principe de la pelote de laine, Claude Dumont-Beghi démêle les illégalités du clan (1). Elle découvre les pans cachés de sa fortune. Trente mille hectares au Kenya. Des immeubles à New York. Une île je ne sais trop où. Et bien sûr des tableaux partout. Il finira ainsi par y avoir une perquisition en 2010 à l’Institut Wildenstein de Paris. C’est là que la police découvre, ô surprise, les impressionnistes disparus chez les Rouart lors d’une succession maquillée. Une partie en fait. Les autres se trouvaient chez François Daulte, qui est à Lausanne le créateur de la Fondation de l’Hermitage. Tout continue ainsi. Une révélation en amène une autre… Le dossier enfle. Claude Dumont-Beghi publie un premier livre, puis un deuxième, largement répercutés par la presse. La Justice peut en arriver aux procès, souvent remis pour un vice de forme. Des arguties juridiques. Et c’est comme ça qu’on en est arrivé au jugement du 12 janvier 2017.

Claude Dumont-Beghi, Photo Joël Saget AFP.

Où en est-on maintenant? Je ne dispose pas d’informations sur le procès civil. Pour le reste, l’Institut Wildenstein, fabuleuse bibliothèque et centre de recherches, a dû fermer à Paris. La galerie Pace-Wildenstein, qui marquait l’entrée de la sainte famille dans le champ contemporain, est redevenue Pace. Guy Wildenstein est libre. Sylvia n’en semble pas moins avoir atteint son but. Elle a cassé ses adversaires. S’ils ne sont pas emprisonnés, le nom apparaît aujourd’hui déshonoré. De «famous» il est devenu «notorious». On verra pour la suite, si suite il y a. D’autres familles de marchands d’art ont tenu les coup après des affaires pour le moins délicates. On les retrouve du reste chaque année à Art/Basel. Ou ailleurs. L’être humain a la mémoire courte. Un peu moins cependant depuis qu’Internet existe.

(1) Médiapart reproche à Claude Dumont-Beghi d’avoir été moins nette dans ses affaires gabonaises en tant qu’avocate d’Ali Bongo.

Pratique

Livres de Claude Dumont-Beghi: «L’affaire Wildenstein, Histoire d’une spoliation» en 2012 et «Les milliards cachés de Wildenstein en 2016. Les deux ouvrages ont paru chez Archipel.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."