Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Cassa di Risparmio expose comme de juste sa peinture bolonaise à Bologne

Presque toutes les banques italiennes collectionnent. Classique et local. Bologne ne saurait faire exception. La Cassa finance aussi des campagnes de restauration.

L'"Allégorie de la peinture" de Francesco Gessi.

Crédits: Cassa di Risparmio, Bologne 2019.

Toute banque italienne régionale qui se respecte se doit de collectionner. Il s'agit d'une forme d'ancrage. Pratiqués sur le marché de l'art ancien, les achats reflètent le passé de la ville ou de la région. Naples restera ainsi napolitain et Florence pour le moins Toscan. La Cassa di Risparmio de Bologne ne s'égare ainsi ni à Ferrare, ni à Parme, pourtant géographiquement proches. Elle reste purement bolonaise. Il faut dire que l'école locale a brillé d'un éclat particulier au cours des XVIIe et XVIIIe siècle avec le Guerchin, Guido Reni, les Carrache ou les Gandolfi. Des maîtres qui faisaient les délices des cours européennes de l'époque.

La Cassa dispose d'un lieu d'exposition. Il s'agit du Palazzo Pepoli. Elle a déposé ses meilleures toiles au Musée d'histoire de la ville. Mais il y a les autres. Et les achats récents. Il fallait bien les rendre une fois visibles. C'est aujourd'hui chose faite à la Casa Saraceni. Celle-ci abrite, au rez-de-chaussée, l'exposition «Reni, Guercino, Cantarini, Pasinelli». Un choix d'acquisition effectuées depuis 2000, «curaté», comme on dit aujourd'hui, par Angelo Mazza. Ne vous laissez pas impressionner par les grand noms! Ce sont en général les seconds couteaux de l'école bolonaise qui se retrouvent aux cimaises. Ils vont de Domenico Maria Viani à Giovanni Battista Bertusio, en passant par Vincenzo Spisanelli. Des gens que vous ne risquez pas de revoir à la Pinacoteca de la cité, par ailleurs en travaux cette année. Beaucoup de salles y demeurent fermées.

Disciples et suiveurs

Les jolies toiles, bien restaurées, bien encadrées donnent vraiment l'idée d'une école. La plupart se situent dans une mouvance. C'est presque aussi bien, mais fatalement moins original. Des formules se voient reprises, et parfois tout de même développées avec talent. Il y a ainsi une «Sainte Catherine d'Alexandrie» de Giovanni Giacomo Sementi ressemblant comme deux gouttes d'eau à un Guido Reni. Les noms annoncés sur l'affiche figurent bien sûr aussi au programme. A petites doses. Il y a ainsi un magnifique double portrait de Simone Cantarini, acquis dans une vente aux enchères américaine. La Cassa se sent un devoir de rapatrier. Le public peut aussi constater qu'elle va jusqu'au XXe siècle. Les vitrines de ce qui a sans doute dû constituer un de ses comptoirs sont remplies par deux sculptures sur pierre bien spectaculaires d'Arturo Martini, datées 1937.

La Cassa profite de l'occasion pour donner un coup de projecteur, par fascicule interposé, sur son opération restauration. Les banques transalpines se sentent également la mission d'entretenir et de remettre en état le patrimoine national, religieux ou public. Celle de Vicence a mis les choses en branle, il y a bien longtemps. Il s'agit aujourd'hui d'un fer de lance de l'Intesa SanPaolo. L'opération «Quadri sacri» de Bologne vise a sauver, parfois à la dernière minute, des tableaux souvent situés dans des églises peu connues. Ils subissent des traitements de choc. La Cassa montre dans sa brochure les œuvres avant et après travaux. Il y en a que l'on ne reconnaît pas. Le cas le plus spectaculaire se situe à l'église Saint Michel Archange de San Pietro in Casale. Avant l'intervention, le Giacomo Cavedone (et Cavedone, ce n'est tout de même pas rien!) ressemblait à un monochrome brun. Il apparaît aujourd'hui rutilant de couleurs. C'est ce qu'on appelle de la restauration lourde. Mais que peut-on faire d'autre?

Pratique

«Reni, Guercino, Cantarini, Pasinelli», Casa Saraceni, 15, via Farini, Bologne, jusqu'au 13 octobre. Site www.fondazionecarisbo.it Ouvert du mardi au vendredi de 15h à 18h, les samedis et dimanches de 10h à 18h. Entrée gratuite.



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