Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Biennale des antiquaires en ligne s'est terminée à Paris sur un désastre financier

Seuls 21 objets se sont vendus sur le site de Christie's, les oeuvres elles-mêmes étant visibles chez les marchands. L'encaisse totale se monte à un million et demi d'euros.

André Malraux, alors ministre de la Culture, à la seconde Biennale, organisée en 1964. La première édition remonte donc à 1962.

Crédits: Site de la Biennale.

Pour un bide, c’est vraiment un bide! La Biennale des antiquaires de Paris, qui devait adopter une nouvelle formule pour 2020, a dû jeter l’éponge il y a quelques mois. Vous me direz qu’elle n’est pas la seule à se retrouver dans le même bain. Seulement voilà! Comme je vous l’ai expliqué à l’époque, sa direction coiffée par Georges de Jonckheere a eu l’idée saugrenue de remplacer la présentation au Grand Palais par une vente en ligne chez Christie’s. C’était scier la branche sur laquelle la manifestation était déjà mal assise. Il n’y a pas que moi pour avoir été choqué. Des amis marchands ont démissionné à grands fracas avec effet immédiat du Syndicat des antiquaires. Ils ne sont sans doute pas restés les seuls. Comment la profession pouvait-elle pactiser avec le Grand Satan que représentent pour elle les maisons d’enchères, surtout multinationales?

Eh bien la Biennale aura vendu son âme au diable pour rien! Les propositions en ligne, valables jusqu’au 8 octobre, se sont terminées par un désastre, comme l’explique Béatrice de Rochebouet sur le site du «Figaro». Sur les 90 lots proposés, que les amateurs pouvaient voir «pour de vrai» chez les 42 galeristes parisiens en lice, seuls 21 ont trouvé preneur. La somme engrangée frôle le grotesque. Il est entré en tout et pour tout dans les caisses 1,5 million d’euros. Moins que le prix d’un seul objet dans les biennales de la grande époque. La journaliste suppose qu’il va se conclure quelques affaires «after sale». Mais ce sera forcément à la baisse. Les soldes. La braderie. Les prix de gros. Notez que Christie’s, qui n’est pas tombé sur la tête, n’avait pas voulu publier d’estimations au préalable.

Un avenir très incertain

Que va-t-il se passer maintenant? Je ne suis pas devin, ce que je regrette parfois. Mais je dois bien constater qu’il s’agit du quatrième échec grave subi par une foire devenue annuelle en dépit de son nom. Pour l’instant, son comité prévoit toujours de s’installer à l’automne 2021 dans le Grand Palais éphémère, qui reste à construire près de la Tour Eiffel (1). Il serait selon moi plutôt temps, après avoir jeté l’éponge, de tirer la prise. Définitivement. Le courant ne passe plus. La Biennale représente un monde périmé. Je me souviens encore des éditions que tout le monde attendait dans les années 1970 et 1980. Je crois les avoir alors toutes vues. Elles étaient à chaque fois magnifiques. J’ai mis le verbe à l’imparfait. Je me vois mal le conjuguant au futur.

(1) Un bâtiment devant remplacer un Grand Palais entré en travaux jusqu’en 2024.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."