Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Biennale de Venise ouvre avec ses annexes le 11 mai au public. Surabondante!

Aux sections officielles et aux 90 pavillons nationaux s'ajoutent de multiples événements en ville. Il y a tant de fondations privées sur la Lagune!

Ralph Rugoff, le commissaire de l'édition actuelle.

Crédits: Andrea Avezzu, Biennale de Venise 2019.

Pour les fans de l'art contemporain, Venise, c'est évidement la Biennale. Elle ouvre ses portes au public le 11 mai, après quelques jours de vernissages. Je vous déconseille formellement ces derniers. Des hordes d'invités tentent plus ou moins poliment d'entrer dans des pavillons réservés à quelques élus. Une trentaine à la fois, quand les lieux se révèlent petits. Il y a donc de longues attentes, comme à Eurodisney en périodes de vacances, alors que ces mêmes pavillons seront quasi déserts dès le 12 mai. En dépit de chiffres à la hausse (615 152 visiteurs en 2017), la manifestation reste en effet peu fréquentée si l'on pense à sa durée. Dites vous bien que vous avez jusqu'au 24 novembre pour voir tout ça, en évitant tout de même les derniers moments. La ville n'est pas vraiment joyeuse en fin d'automne avec ses journées courtes et ses «aquae alte» inondant tout.

C'est l'Américain d'Angleterre Ralph Rugoff qui se trouve aux commandes cette année. Il règle en fait la programmation de l'Arsenale et d'une partie des Giardini. Les pays font ce qu'ils veulent dans leurs locaux avec un commissaire invité mettant généralement en valeur un seul artiste. Cela fait gentiment comme cela dans les 90 pavillons nationaux, dont la plupart passeront bien entendu inaperçus, surtout s'ils sont perdus en ville. De toute manière, la Biennale a beaucoup à lutter contre les grandes expositions extérieures. Plus chères. Plus médiatiques. Il faut dire que les super-riches veulent aujourd'hui tous leur fondation sur la Lagune. La dernière arrivée est Francesca Thysssen. Elle a fait réhabiliter l'immense église San Lorenzo, qui tenait jusqu'ici debout par un miracle de bonne volonté. La fille du baron veut unir écologie et création actuelle avec Joan Jonas. Une chose bien dans l'air (pollué) du temps.

Expositions en appartements

Si j'en crois mes lectures, il y a ainsi cet été des présentations dans 88 lieux vénitiens, les pavillons logés en appartements (si possible introuvables) n'étant bien sûr pas comptés. C'est de la démence pure. Surtout si l'on pense au nombre actuel des habitants par rapport aux touristes. Ces derniers seraient aujourd'hui plus de 20 millions par an. Il y aurait ainsi un Vénitien (ou une Vénitienne) pour 358 personnes de passage. Mauvais «ratio». Cela dit, Venise étant devenue la capitale du voyage bas de gamme (et je dirais même légèrement en dessous), cela ne fournit guère de public pour tout le monde, d'autant plus que Rugoff et ses disciples ne donnent pas dans la facilité. On annonce une véritable collection de prises de tête. Délectation morose garantie, même si le titre adopté se révèle "May You Live in Interesting Times". Ce sérieux domine déjà de cas depuis quelques jours chez François Pinault avec sa «collective» à la Punte della Dogana, tout comme au Palazzo Grassi. Celui-ci présente Luc Tuymans, que les camps de la mort inspirent beaucoup.

Philippe Parreno, qui se retrouvera à la Fondation Vuitton. Photo Valéry Hache, AFP.

Autrement, le menu se révèle plutôt alléchant au-delà d'une Biennale se voulant en toute simplicité «un anathème contre la barbarie de la vie actuelle». Georg Baselitz est à l'Accademia. Roman Opalka occupe le Palazzo Querini-Stampaglia, Jean Arp est invité par la Fondazione Peggy Guggenheim. Les Stanze del Vetro accueillent le verrier français Maurice Marinot. Murano propose le designer finlandais Tapio Wirkkala. Edmund de Waal a été invité par le Museo Ebraico. La Ca' Pesaro révèle Arshile Gorky, le rival de Pollock. Jannis Kounelis est à la Fondazione Prada. Alberto Burri chez les Cini. Philippe Parreno dans l'espace situé tout en haut du magasin Vuitton, près de la place Saint-Marc. Helen Frankenthaler se retrouve au Palazzo Grimani. Günther Förg au Palazzo Polignac. La photographe sicilienne Letizia Battaglia aux Tre Oci. Peter Halley occupe pour sa part les Magazzini del Sale. Le Coréen Yun Jyong-keun lePalazzo Fortuny. James Lee Byars la Chiesa Santa Maria della Visitazione. Et je ne sais bien sûr pas tout! Autrement, pour se reposer, il y a aussi Canaletto au Palazzo Ducale. «Libération» trouve cette dernière exposition (qui se termine le 8 juin) très bien. Il y a dû y avoir une invitation.

Pratique

Site, www.labiennale.org Jusqu'au 24 novembre. Divers lieux dans la ville.



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