Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Bibliothèque de Genève va renouer avec les "Jeudis de l'affiche" dès le 12 septembre

C'est l'occasion de la BGE de faire la lumière sur un patrimoine conservé de quelque 130 000 pièces. Une conférence sera donnée chaque mois sur des thèmes à la mode.

Cédric Marendaz viendra présenter sa production bien reconnaissable.

Crédits: Cédric Marendaz

Il n'y a pas que de mauvaises habitudes. Prenez «Les jeudis midi de l'affiche». Ces rencontres quasi mensuelles, organisées par la Bibliothèque de Genève, ont permis de faire connaître un énorme pan des collections. La BGE ne conserve pas moins de 130 000 «posters», ce qui permettrait en théorie d'organiser ds milliers de rencontres. Longtemps dormante, cette collection a bénéficié d'un coup de chance historique. Si Jean-Charles Giroud, en charge de ce patrimoine, n'était parvenu à la tête de l'institution, qui sait si les affiches locales auraient atteint une telle visibilité?

La saison 2019 va démarrer sous peu. Ce sera le 12 septembre, le même jour que les Bains et leurs galeries. Le sujet inaugural choisi par la graphiste Silvia Francia peut sembler périlleux. La femme parlera de l'émotion. Comment peut-elle se communiquer à celui qui regarde un placard quelques secondes en passant? Les exemples choisis seront culturels. Logique, dans le fond. Il n'existera bientôt plus d'affiches que culturelles... Voilà qui répond en tout cas aux vœux de certains puritains, qui voudraient interdire la rue aux annonces commerciales. Mais ne s'agirait-il pas aussi là, soit dit entre nous, d'un appauvrissement esthétique? Toutes sortes de produits ont jadis donné lieu à de merveilleuses images.

LGTB et immigrés

Je reviens aux jeudis. Le 17 octobre sera LGTB, ce qui apparaît très tendance cette année. Ce n'était pas le cas dans les années 1970. Il s'agissait alors d'affichage sauvage, et donc anonyme. La Ville, qui claironne aujourd'hui ses bonnes intentions en la matière, se voulait alors gardienne de mœurs qu'elle disait bonnes. Documentaliste à la TV, Sophie Meyer illustrera ce revirement à 180 degrés (et non pas à 360, comme le veut le titre de l'actuel périodique romand LGTB!). Autre changement. Les travailleurs étrangers, ou «Gastarbeiter», comme on dit en allemand. Un mot qui devait en principe donner une idée d'hospitalité. Nicolas Rivet abordera le thème le 14 novembre sur le plan graphique en évoquant des mouvements xénophobes ayant mené à plusieurs votations en Suisse. La aussi, tout a changé. Une chose que confirme d'une certaine manière le titre «Les Suisse-sse-s et les saisonnier-ère-s». Dieu que le langage inclusif est une belle chose!

Le suffrage féminin diabolisé. Photo BGE, Genève 2019.

La BD constitue un patrimoine à Genève, qui se prend à rêver d'un musée voué à la BD. Une idée que caresse hélas aussi Lausanne, forte de son Festival BDFIL (qui commence du reste cette année le 12 septembre). Ariel Herbez se félicitera donc logiquement de la «Pérennité de l'affiche BD genevoise» le 5 décembre. Changement total de cap le 16 janvier. Matthias Fischer parlera de «Ferdinand Hodler et les affiches». Un médium utilisé par le peintre dès 1887. Il a donné lieu à quelques pièces célèbres... et comme il se doit aujourd'hui très recherchées. Le 6 février, la BGE va se détourner du doit chemin, celui du totalitarisme culturel aujourd'hui ambiant. Hervé Rigal, qui travaille à Base, un réseau international de studios basés à Genève, certes, mais aussi à New York, Melbourne et Bruxelles, expliquera comment on conçoit aujourd'hui des visuels. Ceux-ci doivent créer des identités aisément perceptibles.

Projecteur sur Cédric Marendaz

Le 5 mars, retour aux choses sérieuses. «Le suffrage féminin à Genève» sera raconté en affiches par l'historienne Irène Herrmann. Il s'agira aussi là de marque un anniversaire. Après plusieurs échecs, les citoyennes obtenaient ici leur droit de vote le 6 mars 1960. Il y aura rapidement ensuite ce que j'appellerais «les années Lise Girardin». Une Radicale à la main de fer, et sans gant de velours. Le 26 mars, un artiste genevois méconnu proposera l'historique de sa production. Cédric Marendaz a commencé sa trajectoire par le Jardin Robinson de Meyrin. On se souvient surtout de ses créations pour le Théâtre du Grütli, à l'époque de Frédéric Polier et de Lionel Chiuch. Des temps révolus. Les actuelles réclames pour ce lieu sont de véritables horreurs. Je plains la BGE qui devra aussi conserver ça. Cédric a donné plus récemment une identité au Muséum d'histoire naturelle.

Jean-Daniel Clerc, qui a créé à Genève l'exemplaire Galerie 1, 2, 3 aux Eaux-Vives (allez-y rien que pour voir, c'est magnifique!), se concentrera le 30 avril sur Swissair. La défunte compagnie, dont le «grounding» a fait l'affiche sous une autre forme en 2001-2002, a eu une politique très pointue en matière de publicité au temps de sa splendeur. On était là dans le «style suisse international», qui n'est pas franchement drôle. Il s'agissait de lier «qualité, rigueur et précision». Je m'ennuie déjà presque en écrivant ces mots.

Le dessous des cartes

La saison se terminera le 28 mai avec un duo. Brigitte Grass, qui a longtemps conservé cette collection avec toutes les compétences voulues (et il en faut beaucoup) a aujourd'hui pris sa retraite. Nelly Cauliez est du coup devenue Conservatrice responsable. A deux, elles expliqueront comment la BGE a passé de rouleaux conservés au grenier à la politique scientifique actuelle. Il faut collecter, gérer et mettre en valeur, mais aussi dépoussiérer et restaurer. Vaste programme! Un programme qui permet aussi des rencontres comme les «Jeudis midi de l'affiche»!

Pratique

«Les jeudis midi de l'affiche», Bibliothèque de Genève, 1, promenade des Bastions. Site www.bge-geneve.ch Les causeries, d'environ trois quarts d'heure, commencent à 12h15. Entrée libre, dans la limite des places.

N.B. J'ai reçu depuis la parution de cette chronique le mot habituel d'une institution. Des remerciements d'abord, parce que cela fait bien dans le paysage. Puis une demande de précision. Madame Nelly Cauliez, que je ne connais ni d'Eve, ni d'Adam, n'est pas responsable de la conservation des affiches, comme j'en avais déduit du programme, mais responsable de la conservation des colletions de la BGE. Quand il n'y a pas d'erreur, les gens ne remercient en général pas.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."