Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Basilique de la Nativité de Bethléem retrouve ses mosaïques médiévales

Le lieu n'avait pas subi de travaux depuis le milieu du XIXe siècle, faute d'entente entre les confessions. Les restaurations sont menées par des Italiens sous l'égide de l'Autorité palestinienne qui veut en faire un geste politique.

Une partie des 125 mètres carrés remis à neuf.

Crédits: Reuter

C'est à tous les points de vue l'histoire de Noël. J'aurais logiquement dû la trouver dans les pages de «La Croix». Elle était dans celles du «Figaro», le seul quotidien français à se préoccuper réellement de patrimoine. Nous sommes à Bethléem, dans la Basilique de la Nativité. Celle-ci se trouve en pleine réfection, après plus d'un siècle et demi d'abandon. Les différentes confessions chrétiennes n'arrivaient plus à se mettre d'accord alors que, selon Alif Tweme, l'actuel président palestinien pour la restauration, l'édifice bâti au VIe siècle menaçait de s'effondrer.

Les travaux actuels, pour lesquels les fonds sont arrivés au compte-goutte, ont permis de redonner leur éclat aux mosaïques. Il n'en subsiste que 125 mètres carrés sur les quelque 2000 devant décorer l’édifice au XIIe siècle. Il s'agit en effet là d'un décor placé au temps des Croisés, entre 1154 et 1169, sur des structures plus anciennes. La faute aux disparitions revient aux guerres, au manque d'entretien (il faut sans cesse remettre des tesselles), aux tremblements de terre et à l'humidité. Cette dernière tend à détacher les petits carrés de leur support. Parallèlement, des peintures également du XIIe siècle ont été découvertes sur les colonnes. Elles étaient devenues invisibles, comme une partie des mosaïques, à cause de la crasse amenée par les cierges. Il y avait aussi, de-ci de-là des couches de plâtre venues tout cacher.

Espoirs touristiques

C'est Marcello Pianceti qui se charge des travaux, qui se poursuivent aujourd'hui avec le pavement. Mais l'ingénieur est Palestinien. Il s'agit d'Ibrahim Abedraddo. Il s'agit là d'une entente cordiale. D'un signe politique aussi. Le chantier, qui devrait prendre fin en 2019, veut prouver que l’Autorité palestinienne n'a rien contre les chrétiens (1). Il y a enfin l'aspect économique. Il semble clair qu'une Basilique de la Nativité remise à flots va attirer des touristes, et par conséquent amener des devises dont on a ici bien besoin.

Si les mosaïques de Bethléem sont anciennes, elles se situent cependant dans une honnête moyenne méditerranéenne. Rome abrite, de Sainte Pudentienne à Sainte Marie Majeure, des cycles remontant jusqu'au IVe siècle. Et je ne parle pas ici de Ravenne, qui a conservé quasi l'intégralité de son patrimoine byzantin du VIe siècle.

Je terminerai en rappelant que, depuis 1840, l'abbé de Saint-Maurice, en Valais, était traditionnellement évêque de Bethléem. Le titre a disparu après la mort de Lois Séverin Haller en 1987. Le religieusement correct a dû jouer un rôle. L'abbé était évêque «in partibus infidelium»...

(1) Dans «La Croix», je n'ai trouvé que l'affrontement très médiatisé entre un Palestinien et un franciscain en juin 2018.



Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."