Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Koller repart pour une saison de ventes à Zurich après la mort de son fondateur Pierre Koller

Les enchères seront criées à Zurich fin septembre. Une sélection d'objets sera présentée à Genève le 10 et 11 septembre. J'en profite pour vous raconter la saga familiale.

Le "Fou" du Maître de 1537. Un lot vedette.

Crédits: Koller, Zurich 2019.

Les ventes d'automne approchent en Suisse. Pour tout dire, si j'en crois mon calendrier, elles se situent encore en été. Après Piguet et Genève Enchères, il faut donc que je vous parle de Koller. Bon, d'accord! Tout ou presque se passe à Zurich pour la plus importante des maisons alémaniques. Celle-ci n'en possède pas moins une antenne ici depuis 1980. Il y avait du reste à l'époque un certain nombre de ventes à l'Athénée, dont Koller loue depuis lors le premier sous-sol. «Tempi passati», comme disent nos amis italiens. Les 10 et 11 septembre, notre ville devra donc se contenter d'un «preview» de «highlights», comme on dit en sabir international. Rendez-vous donc au 2, rue de l'Athénée, à mi hauteur du grand escaliers descendant sur les Bastions.

Prévues cette fois les 24, 25, 26 et 27 septembre avec des «ibid online only» débutant le 16 septembre pour se conclure les 1er et 2 octobre, les ventes de Koller sont toujours kilométriques. Des milliers de lots. Je ne peux donc pas vous dire ce qui fera le voyage jusqu'à Genève avant de se voir exposé, avec tout le reste, au 102 et 121 Hardturmstrasse de Zurich. Je me fierai donc à ce que j'ai vu en ligne, où l'amateur peut déjà tout découvrir, et surtout au journal «Kollerview», largement distribué aux clients potentiels. Il y a là un regard sur le passé comme sur l'avenir. Cette revue sert aussi de bulletin de victoire. Vous ne saurez jamais ce qui s'est mal vendu, ou pas du tout. Il est question cette fois en vedette d'un récipient chinois pour brûler l'encens, que je trouve affreux, mais qui a culminé à 4,8 millions. Notez qu'il y a derrière une histoire assez drôle. Un important musée l'a refusé en don dans les années 1960. Une décennie plus tard, une maison londonienne a dédaigné de le vendre en disant que transport coûterait plus cher que le prix probable pour une pareille copie. Ainsi va le monde...

La disparition du fondateur

Qu'y a-t-il en vedette pour septembre 2019? Le journal présente en couverture un «Fou», avec marotte, du Maître de 1537 estimé entre 500 000 et 700 000 francs. Une peinture drolatique au pire sens du terme. J'avoue une nette préférence pour la «Vierge à l'enfant» du Florentin Jacopo Foschi, prisée entre 400 000 et 600 000 francs. Apparemment un chef-d’œuvre. Parmi les meubles anciens, j'ai remarqué une commode transition (entre Louis XV et Louis XVI, je précise) de Simon Oeben, un ébéniste royal assez rare. Les tarifs ne sont plus ici ce qu'ils étaient. Vous devriez l'obtenir pour un prix allant de 80 000 à 120 000 francs. Mon goût un peu pervers lui préfère cependant la paire d'appliques en bois d'un rococo échevelé, conçues autour de Würzbourg vers 1765. Leurs sœurs sont au «Met» de New York. Une référence. Je ne dirai pas que c'est donné. Mais il faut apparemment compter entre 20 000 et 30 000 francs. Là aussi, il y aurait presque eu un zéro de plus il y a trente ans. Pour le reste, je vous renvoie au Net.

Pierre Koller en action. Photo Franco Greco, Keystone.

Les deux dernière pages sont consacrées à la mort du patriarche. Pierre Koller s'est éteint le 23 juin à 94 ans. Si la nouvelle a frappé la presse en Suisse alémanique, qui a fait son devoir, rien n'a filtré en Romandie. La Suisse se compose de trois pays très différents. C'est pourtant l'occasion de raconter une étonnante saga familiale. Et cela même si le texte repris par "Kollerview" n'est autre que la nécrologie parue dans la très chic «Neue Zürcher Zeitung». Philipp Meier y parle comme il se doit de «grand seigneur». Il faut dire que l'histoire a de quoi faire rêver, à un moment où nombre de maisons d'enchères helvétiques se révèlent à la peine. Je vous résume donc la chose.

Un ancien juriste

Né en 1924, Pierre Koller a commencé par être avocat. Sa passion réelle allait pourtant aux gravures à sujets équestres. Il a fini par sauter le pas, ouvrant une première galerie à Zurich en 1958. L'année suivante, sa sœur Antoinette, décédée en 1998, le rejoignait. Elle lui apportait ses compétences dans d'autres domaines, comme la céramique, l'argenterie ou l'art asiatique. Pierre se mettait au mobilier. Tout était prêt pour que la première vente publique se déroule en 1960. L'année suivante, Koller avait pris une extension suffisante pour déménager Rämistrasse, dans un bâtiment à côté du légendaire restaurant Kronenhalle. Je me souviens d'avoir été guigner les présentations. Les vacations pouvaient devenir plus fréquentes dans cet édifice moderniste de cinq étages. En 1973, Un «Portrait de Dora Maar» par Picasso franchissait pour la première fois la barre symbolique du million chez Koller.

Antoinette et Pierre Koller en 1968. Photo Archives Koller.

La maison quitta cependant en 1991 le centre pour la Hardturmstrasse. Un quartier à la mode aujourd'hui. Galeries d'art & Co. Mais il ressemblait alors à la zone. C'est là que l'entreprise se trouve toujours, avec son extension Koller West au numéro 121. Qu'est-ce donc là? Un peu le défunt South Kensington pour Christie's à Londres. Il s'agissait, il s'agit toujours de proposer là des lots parfois amusants que l'on considère comme secondaires. Il fallait par ailleurs dépasser le terreau d'origine. Trop étroit. Après Lucens en 1975 (au château), ce fut donc Genève en 1980. Koller a aujourd'hui des bureaux à Düsseldorf, Munich, Milan et Pékin ("Kollerview" préfère dire Beijing). La firme reste par ailleurs très familiale. Remise à l'aîné Cyril en 2004, alors que Pierre Koller avait déjà 79 ans, elle fait ainsi travailler aujourd'hui Stephan, Corinne et Jara. Je crois n'avoir oublié personne.

Sur ce, je vous donne rendez-vous le 10 septembre. Si vous êtes invité au cocktail, c'est à 18 heures. Il y aura une conférence de Jan Blanc sur le tableau donné au Maître de 1537. Pour le Net, vous êtes assez grands pour aller tout seuls. Attention! La consultation de milliers d'images peut se révéler assez longue.

Pratique

Site www.kollerauktionen.ch Visites chez Koller, 2, rue de l'Athénée, Genève, les mardi 10 et mercredi 11 septembre. 

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