Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Jugement cassé! Il y aura un nouveau procès avec les Wildenstein comme accusés

La décision de 2017 avait fait scandale. Les marchands s'étaient vus relaxés, alors que la prison et 250 millions d'euros d'amende les attendaient.

Guy Wildenstein, en manteau beige, et son avocat lors du procès de 2016.

Crédits: AFP.

C’est «The Crown» sans bijoux de famille, mais avec des tableaux. La saga des Wildenstein vient de connaître un nouveau coup de théâtre le 6 janvier 2021. Suite à un arrêt de la Cour de Cassation française, prononcé (sans que les médias s’en rendent trop compte) le 6 novembre dernier, il y aura un nouveau procès. Le troisième en comptant le civil. Il s’y déballera comme aux autres du beau linge, mais très sale.

Il y a maintenant vingt ans que cette histoire dure. J’ai déjà dû vous raconter l’affaire plusieurs fois, après l’avoir narrée à la «Tribune de Genève». Il existe du coup sur les Wildenstein plusieurs livres. Ceux-ci ne sont pas devenus obsolètes. Ils contiennent les premiers épisodes d’un feuilleton. La saga a commencé après la mort du patriarche Daniel, en 2001. Ses deux fils avaient alors spolié leur belle-mère Sylvia. Ils pensaient que cette pseudo écervelée ne remarquerait rien ou qu’elle n’oserait rien dire par la suite, craignant les conséquences. C’était oublier que Sylvia Roth, épouse Wildenstein, avait été combattante dans l’armée israélienne…

Trusts et paradis fiscaux

Associée à Claude Dumont, une avocate aussi pugnace qu’elle, Sylvia (décédée en 2010) avait permis de démêler peu à peu l’écheveau des très opaques comptes Wildenstein. Des gens qui se prétendaient modestes salariés de leur entreprise. Il y avait bien sûr pour des milliards de tableaux, mais aussi des biens fonciers un peu partout. Le tout voilé par des trusts, comme par hasard établis aux Bahamas ou à Guernesey, ce paradis fiscal à moité français que nous voisins feignent de ne pas voir. Quelques milliards supplémentaires. On allait de révélation en révélation au début des années 2000. La Justice n’en bougeait pas pour autant. Il faut dire qu’avec leur argent, les Wildenstein étaient très liés au pouvoir dans les années Sarkozy. Le décès d’un des fils, Alec, en 2008 a encore compliqué les choses. Il laissait une ex-épouse, Liouba Stoupakova (je vous ai prévenu qu’on était dans le feuilleton!). Cette joyeuse divorcée en savait beaucoup et entendait bien en découdre…

Je vous saute plusieurs épisodes. Des «saisons» entières même. Le grand procès pénal a fini par avoir lieu avec de multiples accusés. La sainte famille, plus des conseillers fiscaux, un notaire et des gestionnaires de trusts. Coup de théâtre! Le 12 janvier 2017, alors qu’il avait été requis quatre ans de prison dont deux fermes contre les principaux accusés (plus 250 millions d’euros d’amende), le juge avait prononcé une relaxe générale. Oh, il était caqueux (1), ce monsieur! Il a dit que le public ne comprendrait pas son choix, dicté par la loi et non pas par la Justice. Mais une bonne partie des faits se voyait couverts par des prescriptions. Il y aurait aussi eu «des éléments manquants» pour faire condamner Alec Jr et son ex-belle sœur Liouba. Une vision des choses confirmée par la Cour d’Appel le 29 juin 2018. Ah bon, manquants? Il faut dire que la mémoire humaine reste courte. Dans les journaux annonçant mercredi le troisième procès, j’ai d'ailleurs lu les mots «violentes querelles de succession», ce qui tient de la litote.

Affaire civile

Troisième procès au fait? Si si! J’y viens. Outré, le Parquet a immédiatement fait recours en 2018. Les choses ont pris comme il se doit du temps. Mais je jugement a bel et bien été cassé fin 2020. On recommence maintenant à zéro. La chose se sait depuis le 6 janvier 2021, alors que les galeries portant le nom de Pace-Wildenstein sont redevenues Pace et que le glorieux Institut Wildenstein a disparu à Paris. Reste à savoir quand l’instruction, les audiences et le reste auront lieu. Ce n’est pas demain la veille.

L’affaire civile, le second procès donc, avance du reste avec la même solennelle lenteur. Les Wildenstein ont été condamnés à un peu plus d’un demi milliard d’euros d’amende fin 2014. Le contentieux reste en cours. Vous voyez. Il y a là de quoi remplir de nouveaux épisodes avec, ou sans les mêmes acteurs. Il y a tout de même eu déjà quelques morts depuis 2001...

(1) «Embarrassé, gêné, penaud» en bon parler romand.

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