Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Jean-Paul Bled donne une nouvelle biographie, plus réaliste, de Marlene Dietrich

La star avait soigné jusqu'au bout le mythe, se cloîtrant dans son appartement parisien les dernières années. Mais Berlin a racheté ses archives, très complètes. Elles ont parlé.

Marlene dans sa splendeur hollywoodienne. "La femme et le pantin" de Josef von Sternberg, 1935, Robe de Travis Banton.

Crédits: Paramount, DR

Ce n'est pas Marilyn Monroe, sur laquelle la littérature permettrait de remplir une bibliothèque, mais ce n'est tout de même pas mal. Il se publie des livres sur Marlene Dietrich depuis le début des années 1930. Sa mort en 1992 a libéré les plumes. Jusque là, l'actrice entendait tout contrôler. Il y avait ainsi eu en 1984 la parution de ses mémoires, «Marlene D.» Version française chez Grasset. Un tissu d'affabulations! Et encore s'agissait-il là de leur seconde mouture, l'éditeur ayant sauf erreur refusé la première. Tout s'y conformait à la légende d'une dame devenue par ailleurs plutôt prude avec les années.

L'être humain reste cependant contradictoire. La comédienne et chanteuse avait par ailleurs tout conservé, et ce dans des entassements inimaginables. Il y a avait là des objets, beaucoup de vêtements griffés et une énorme correspondance, même si elle était devenue à la fin une adepte forcenée du téléphone. Il existait aussi les témoins. Beaucoup se sont racontés, à commencer par sa fille unique Maria Riva, qui publia son pavé dès 1993. Un règlement de comptes posthume, à la fois haineux et aimant. Et puis, la cinémathèque de Berlin a racheté pour 5 millions de dollars l'ensemble de ses archives pour en faire son fonds principal. Cent mille «items», qu'il s'agissait d'abord de trier. Le puzzle a ensuite repris sa cohérence, faisant apparaître une femme bien plus complexe que prévu.

Un tissu de mensonges

Marlene avait menti sur tout. Sa date de naissance bien sûr, ramenée parfois de 1901 à 1908, mais aussi son nom de famille, sur l'existence d'une sœur, les débuts de sa carrière dans le Berlin des années 1920 et enfin ses amours, pour la plupart soigneusement cachées. Pour la dernière biographie en date, qui vient de paraître, Jean-Paul Bled a eu accès à tout. Ce spécialiste de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, professeur émérite à Paris IV Sorbonne (il a 77 ans), a donc plus glisser une vie de la star entre celles de Marie-Thérèse d'Autriche ou du chancelier Bismarck. Il l'a fait en restant dans un volume raisonnable. L'ouvrage fait dans les 300 pages, ce qui a impliqué des choix. Il est apparu en effet des anecdotes inédites sur Marlene dans quantité d'ouvrages dédiées à d'autres figures, où elle fait, comme cela, une apparition.

Le livre se révèle très bien fait. On y voit une jeune fille ayant reçu une rigide éducation prussienne se débrouiller dans l'Allemagne de la République de Weimar. Le lecteur assiste à son ascension artistique à Berlin jusqu'au départ incertain pour Hollywood. Il n'était pas sûr qu'elle y deviendrait la vedette prévue. Puis c'est la lutte contre le nazisme et, dès la fin des années 1940, celle plus redoutable encore contre l'âge. Devenir «The world's most glamourous grandmother» en 1948 constitue un titre à double tranchant. Suivent les années passées sur la scène, puis la retraite forcée après un nouvel accident à la jambe en 1975. Tout se termine par deux décennies de réclusion totale, avenue Montaigne à Paris. Une fin encore plus solitaire que sa rivale Greta Garbo, même s'il y aura toujours le téléphone pour les amis qui n'ont plus le droit de venir la voir. Il ne faut pas ternir l'image.

Une écriture un peu terne

S'il y a un reproche à faire à «Marlène Dietrich, La scandaleuse de Berlin» (sous-titre dû au titre d'un de ses films), c'est le manque de brillant. Le récit apparaît sérieux, étayé, mais l'écriture demeure un peu terne. C'est en fait mieux documenté que raconté. L'auteur s'efface devant le personnage. Une attitude méritoire, certes, mais dont le lecteur fait les frais. Que dire? Il s'ennuie un petit peu.

Pratique

«Marlène Dietrich, La scandaleuse de Berlin», de Jean Paul Bled, aux Editions Perrin, 350 pages avec les annexes.

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