Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Jean Lecoultre opère son retour au Musée Jenisch de Vevey pour ses 90 ans

Du Vaudois ont surtout été retenues les gravures. Mais il y a aussi aux cimaises des dessins et des peintures exécutés depuis 1968. Le Lecoultre que l'on connaît.

Lecoultre sur fond gris perle et chocolat.

Crédits: 24 Heures.

C’est le retour en grâce pour un artiste ne cherchant nullement à se montrer gracieux. Depuis quelques semaines, le Musée Jenisch de Vevey présente Jean Lecoultre. L’exposition se déroule dans son Pavillon de l’Estampe, au premier étage. Elle se focalise en effet sur la gravure, ici de grande taille. Le commissaire Florian Rodari a cependant retenu de l’artiste vaudois des dessins et quelques toiles. Tout se tient en effet dans l’œuvre d’un homme qui a fêté l’an dernier son 90e anniversaire. Il reste d’ailleurs difficile pour le néophyte de distinguer de loin les lithographies des pièces exécutées à l’aquarelle et au crayon noir, avec des collages. Collages que le regardeur retrouve du reste sur les tableaux.

On connaît surtout de Lecoultre la dernière manière, la définitive, qui émerge dans les années 1980. Il y a auparavant eu toutes sortes de recherches. Elles ont comme passé à la trappe. Ancien employé de commerce, l’artiste a ainsi longtemps tâtonné, pris entre la Suisse et l’Espagne. Contrairement à ses condisciples, l’homme avait préféré cette dernière à Paris. Les avant-gardes y restaient pourtant fort mal vues sous le «règne» du général Franco, surtout au début des années 1950. J’avoue mal connaître cette époque du peintre, dont des vestiges émergent parfois comme des pierres erratiques dans le commerce de l’art. Le Vaudois a ensuite été diffusé par les bonnes galeries romandes. Alice Pauli à Lausanne. François Ditesheim à Neuchâtel. Edwin Engelberts à Genève.

Cruauté froide

Pour la suite, tout apparaît plus clair. Lecoultre reste l’auteur de pièces combinant collage et dessin, avec une préférence pour les figures fragmentaires et les évocations de matières allant du marbre au carreau de céramique en passant par le cuir. Tout se télescope, dans une ambiance inquiétante. Florian Rodari, qui a sorti pour l’exposition un petit livre à La Dogana, aime à parler de cruauté. Il s’agirait alors d’une cruauté froide. D’une violence aseptisée. Presque mécanique. Rien à voir avec la colère, qui garde quelques chose de plus humain.

Jean Lecoultre. Photo DR.

Pour l’accrochage sur des murs gris perle et des cimaises chocolat, le commissaire a retenu des pièces exécutées depuis 1968. Il en est par conséquent de toutes récentes. Lecoultre n’a pas perdu la main. Beaucoup de créations présentées sont issues du fond de près de 300 gravures conservé par la Fondation William-Cuendet-Atelier de Saint-Prex. Via Pietro Sarto et Edmond Quinche, l’artiste reste en effet très lié au phalanstère de Saint-Prex. Un lieu aujourd’hui vieillissant, où s’est développé un art fait de beau métier et de liens entretenus avec les écrivains et les poètes. Une conception traditionnelle de l’estampe ne répondant guère au caractère plus spontané et quelque peu foutraque des jeunes générations. Avec Saint-Prex, nous restons presque dans l’avant-guerre.

Le creux de la vague

Les expositions Lecoultre demeurent rares. L’intéressé a connu un moment de gloire vers 1990, année où le Musée des beaux-arts de Lausanne a proposé une rétrospective, réglée si mes souvenirs sont bons par Claude Ritschard. En 2002-2003, la Fondation Gianadda a réédité le coup, mais en hiver, saison jugée moins publique. En 2010 enfin, Lecoultre se voyait honoré par l’ECAL pour ses 80 ans. Un signe qu’il peut encore faire école. Le Jenisch avait déjà montré ses dessins en 1994. Voici la suite, qui donne un peu le sentiment de devoir accompli. Nous sommes pour le Vaudois au creux de la vague, en dépit de quelques notes «pop» dues aux collages. En fait, comme avec tous les tenants de l’Atelier de Saint-Prex, très proche du Pavillon de l’Estampe, nous demeurons en dehors des modes, dans une permanence frôlant l’immobilité.

Pratique

«Jean Lecoultre, L’œil à vif, estampes», Musée Jenisch, 2, avenue de la Gare, Vevey, jusqu’au 26 septembre. Tél. 021 925 35 20, site www.museejenisch.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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