Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Jean Claude Gandur veut un lieu pour abriter sa collection grandissante

Le Genevois d'adoption s'est confié au "Journal des arts", à qui il a accordé un grand entretien. Il lui faut un abri pour un ensemble qui grandit d'une oeuvre tous les deux jours.

Jean Claude Gandur et une tête égyptienne.

Crédits: Tribune de Genève

Coucou, le revoilà! Comme le furet, Jean Claude Gandur semble courir dans tous les sens. On l’a croisé à Paris, où l’on parlait de lui à l’Ile Seguin. Il a été présent à Montpellier. A Madrid. A Dijon. Puis à Bordeaux, dont il disait (et dit toujours) le plus grand bien. Je vous l’avais dit. Le Genevois d’adoption va maintenant exposer des œuvres de sa collection à Rouen. Son musée a signé un partenariat avec lui comme il en a déjà un avec Beaubourg, Orsay ou François Pinault. Beaucoup de villes françaises donc, dans l’agenda Gandur. D’où un gros entretien avec Ingrid Dubach Lemainque dans le «Journal des arts» No 535, valable du 13 décembre au 2 janvier2020. Je vous en donne les éléments clés. Il est toujours intéressant de lire comment un homme s’exprime hors de sa cité.Le discours se révèle en général moins lisse.

La première partie du texte n’intéressera guère les Genevois. Elle traite de la formation de cet ensemble regroupant aujourd’hui, outre l’archéologie et la peinture abstraite française des années 1950et 1960, des meubles, de la sculpture médiévale ou des secteurs abandonnés par le marché comme les Nouveaux Réalistes ou Supports/Surfaces. «C’est ça qui m’intéresse, c’est prendre en main un mouvement et former des ensembles cohérents.» Jusqu’à ce que les cotes aient trop monté. On sait qu’un Soulages de la bonne époque vient de se vendre à Paris 9,6 millions d’euros. «Moi, avec dix millions d’euros, je fais une collection.»

Un besoin de recul

La journaliste lui reproche presque (il faut dire que c’est devenu un péché) de ne pas s’intéresser à l’art contemporain. Jean Claude Gandur parle de son «besoin de recul». Puis l’entretien passe à l’archéologie et aux problèmes éthiques qu’elle soulève aujourd’hui. Il peut enfin arriver à la Fondation Gandur pour l’art, fondée en 2010. Qui choisit pour cet ensemble aujourd’hui riche de 3200 pièces grandissant «à raison de 100 à 150 œuvres par an»? «Je garde la haute main sur tous les achats (…). Je laisse mes conservateurs me faire des propositions s’ils le veulent, mais il faut que ce soit mon choix à 100 pour-cent (…) Je veux que jusqu’à la fin on puisse dire c’est la collection de Jean-Claude Gandur.»

La peinture abstraite européenne montré au Musée Fabre de Montpellier. Photo Fondation Gandur pour l'art.

Seulement voilà! L’homme d’affaires a eu 70 ans en 2019. «A mesure que le temps passe, que l’âge avance, on se dit «ça n’arrête pas de grandir (la collection donc!), qu’est-ce que j’en fais?» Jean Claude Gandur parle alors de la tradition suisse du prêt et du don. «Mais on reste souvent entre soi.» Lui voudrait une issue plus internationale. «La Fondation prête à des musées du monde entier.» Des pièces isolées. Mais il y a l’ensemble, qui se cherche un abri. «Aujourd’hui tout le monde sait que je cherche un lieu pour installer mon musée.»

La leçon de Genève

Ingrid Dubach-Lemainque ressort alors l’affaire du Musée d’art et d’histoire de Genève. La votation. L’échec populaire en février2016. Quelle leçon en a-t-il tiré? «J’aurais envie de dire heureusement… car finalement je me suis rendu compte que l’on ne fait pas cohabiter une collection privée avec un musée d’État. Si je crée mon propre musée, je serai libre de faire comme j’ai envie.» Ce sera un centre d’art «avec un grand jardin en sortie de ville où l’on laisserait les gens investir le lieu.» Où? Mystère pour le moment. Il faut décider. Entrer en contact avec une municipalité. Comme on pouvait le penser, Jean Claude Gandur vise une agglomération moyenne «de culture avec un fort attachement à leur terroir et un vrai potentiel artistique». Il faut aussi une certaine densité de population, ce qui peut aujourd’hui poser un problème en France. «Un bassin humain d’un million de personnes au moins dans un rayon de 25 kilomètres.»

Ce musée ne changerait pas foncièrement la donne. «En moyenne une œuvre entre tous les deux jours dans la collection.» D’où un problème de place. Si le nombre arrive ces prochaines années à un total de 4500pièces, l’institution ne pourra exposer au maximum que le 20pour-cent d’entre elles. «Les 80 pour-cent restant, il ne faudra pas les laisser dormir, on continuera à les prêter.»

La suite aux prochains épisodes… Ce sera en tout cas lors d’Artgenève, fin janvier, où la Fondation aura de nouveau un vaste stand.

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