Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Jean Claude Gandur met un pied à Bordeaux pour trois ans avec sa Fondation pour l'art

L'homme d'affaires a négocié avec Alain Juppé. Pour le moment, il prête des oeuvres. Mais il a confié au journal "Le Monde" qu'il cherchait un lieu d'accueil pérenne

Jean Claude Gandur, 70 ans en 2019.

Crédits: Tribune de Genève

Parcourir un long dossier soporifique peut amener à des surprises. Depuis quelques jours, «Le Monde» publie ainsi une série d'articles s'extasiant sur la richesse culturelle de la vie bordelaise. Cela fait beaucoup, même pour l'une des plus séduisantes villes de France, devenue à la mode depuis sa bonne connexion TGV avec Paris. J'ai fini par découvrir que la chose résultait d'un partenariat avec Bordeaux-Métropole. Un arrangement qui ne me semble pas tout à fait digne d'un journal conservant naguère une certaine crédibilité.

Or qu'ai-je vu dans le dernier article, signé par Emmanuelle Lequeux? Que Jean Claude Gandur traitait par le biais d'Alain Juppé avec les musées municipaux de la cité girondine. Il s'associait avec eux pour trois ans, fournissant du matériel pour des expositions présentes ou futures au CAPC, au Musée de la Vigne ou au Musée d'Aquitaine. Le premier abrite ainsi en ce moment des toiles figuratives des années 1970 (1). Un des nouveaux centres d'intérêt de Jean Claude Gandur, «dont il a raflé tous les chefs-d’œuvre disponibles sur le marché.» Vu le partenariat avec Bordeaux-Métropole, le ton devient si flagorneur que j'ai d'abord cru lire du Valérie Duponchelle dans «Le Figaro». L'homme d'affaires suisse a cependant révélé à à la journaliste qu'il n'était pas encore mûr pour l'art contemporain, pourtant si à la mode. Un signe certain d'indépendance d'esprit...

Une ville riche, mais pas trop

De l'article découle que Jean Claude Gandur, 70 ans en 2019, cherche un abri pérenne pour la fondation à son nom, désormais riche de 3400 œuvres allant de l'Egypte antique aux commodes Louis XV en passant par la statuaire gothique. L'homme a défini pour «Le Monde» son type de lieu idéal. Une cité bénéficiant d'un large bassin de population. Un réel tourisme estival. Un attrait historique. Une vie muséale intéressante, certes, mais pas écrasante. Il n'a pas envie de se retrouve à l'ombre de grands musées. Un point de vue qui explique sans doute l'arrêt de ses négociations avec Montpellier et ses coups d’œil sans lendemain à Lyon ou à Rouen. Bordeaux ne possède aucune institution susceptible de se voir considérée comme d'importance nationale en dépit de richesses réelles. Montpellier, Lyon et Rouen (qui a récemment pris François Pinault comme partenaire) oui.

J'ignore bien sûr où tout cela nous mènera. Je m'étonne tout de même de la somme d'inexactitudes dans l'article d'Emmanuelle Lequeux. Elle insiste sur la naissance à Grasse. Gandur s'est «installé en Suisse courant 1961.» Rien sur les parents vaudois. J'insiste enfin sur la phrase concernant Genève. Une ville «à laquelle il a rêvé d'offrir un bâtiment signé Jean Nouvel avant que les Suisse ne (la faute de grammaire n'est pas de moi!) boudent son projet par votation.» Voilà ce qui s'appelle réécrire l'histoire!

Apparition genevoise

Cela dit, j'ai rencontré Jean Claude Gandur à Artgenève, où il présentait en janvier dernier des extraits de sa collection dans une luxueuse scénographie. Eh bien, après tout ce que j'ai écrit sur lui, nous avons pu avoir une conversation presque cordiale. Cela prouve au moins qu'il n'est pas toujours rancunier, même si je n'ai toujours pas digéré le procès à épisodes qu'il a intenté pour diffamation au quotidien romand en difficultés financières «Le Courrier».

(1) «Histoire de l'art cherche personnages», jusqu'au 2 février 2020.

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