Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Jadis Les Délices" s'interroge sur le passé et l'avenir la maison de Voltaire à Genève

Ancien directeur de l'institution, François Jacob brasse les siècles pour raconter l'histoire d'une demeure et celle d'un patrimoine intellectuel toujours vivant.

Dans la bibliothèque de l'Institut et Musée Voltaire.

Crédits: Ville de Genève

Il était reparti sur la pointe des pieds, lassé des tracasseries administratives et surtout de la tutelle imposée par un directeur de la Bibliothèque de Genève, révoqué depuis. Revenu à Besançon où il enseigne, François Jacob n'en a pas oublié Voltaire et son musée pour autant. Après avoir donné chez Gallimard une biographie remarquée de l'écrivain en 2015, l'homme propose aujourd'hui un petit livre, «Jadis les Délices». Un ouvrage bien tourné où les siècles se mélangent. Le lecteur passe ainsi du XVIIIe au XXe, voire au XXIe. Une maison offre l'avantage de vivre bien plus longtemps que ses propriétaires et occupants successifs.

Tout commence avec un «prologue», situé en 1755. Le philosophe contestataire et contesté achète la propriété. Elle est alors entourée d'un immense parc, aujourd'hui réduit à la taille d'un jardinet. C'est le début d'une longue affaire, à laquelle François Jacob se verra un jour mêlé. Se succéderont ainsi les Tronchin, la Ville de Genève (qui sauve l'immeuble de la démolition) et un «Musée et Institut» à la naissance difficile, puis à l'existence chaotique. Le tout à cause d'un personnage pour le moins coloré. J'ai parlé là du richissime Theodore Besterman, qui s'installe dans les lieux en 1952. Le milliardaire anglais est un voltairien à la fois convaincu et convainquant. Il parviendra finalement à obtenir la création d'une institution pérenne. Oh, non sans mal! Il reste toujours difficile, pour ne pas dire suspect, de venir jouer les généreux à Genève.

Remplacement indispensable

François Jacob parle très bien de cet homme complexe et de ses rapports avec une cité dont l'administration semble parfois plus proche de Kafka que de Rousseau. Il dit au passage tout le mal nécessaire du service des parcs et jardins, dont activités tiennent de nos jours davantage de celles du bûcheron que du jardinier. Les Délices vivent ainsi sous une constante menace, qui n'est pas uniquement d'ordre scientifique. Notez qu'il y a aussi ici péril en la demeure. François Jacob n'a pas été remplacé. Il semble que l'actuel directeur de la BGE y pense. Mais les autorités, qui elles ne pensent guère, y consentiront-elles? L'avenir le dira.

La suite de l'ouvrage mêle donc Theodore, son successeur Charles Wirz, Voltaire et François Jacob lui-même dans l'exercice de son difficile quotidien. Il fallait une conclusion grave à ce qui restait jusqu'ici dit sur un ton douloureusement badin. Il s'agit de l'avenir des lieux, à triple vocation. A la conservation d'un ensemble voltairien n'ayant son équivalent qu'en Russie, s'ajoutent le propos scientifique «appelé à faire date dans les études dix-huitiémistes» et le discours citoyen. Important, ce dernier! «Qu'est-ce que la tolérance aujourd'hui? Les idéaux des Lumières ont-ils été oubliés? Autant de questions qu'on ne pourra résoudre qu'à l'issue d'un retour aux textes source de notre patrimoine intellectuel.»

Pratique

«Jadis les Délices», de François Jacob, aux Editions La Ligne d'ombre, 163 pages.

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