Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Jacques Chamay publie un livre sur la collection de vases antiques de Pierre Sciclounoff

Mort en 1997, l'avocat fut un des "rois de Genève". Il recevait beaucoup dans l'Hôtel de Saussure qu'il avait loué. L'homme aimait surtout les créations italiotes.

Cratère à volutes apulien. Vers 350 avant Jésus-Christ.

Crédits: DR.

Comme le temps passe… C’est à la fois proche et lointain. Jacques Chamay a dédié le XIXe volume publié par l’association Hellas & Roma à Pierre Sciclounoff, décédé en 1997. Lourd comme une pierre tombale, l’ouvrage entend célébrer le «collectionneur et mécène». L’entité muséale vouée aux arts de L’Antiquité classique doit en effet beaucoup à l’avocat, qui tenait une véritable cour dans l’Hôtel de Saussure, rue de la Cité. Il en était devenu le locataire de deux étages, plus les combles. Le livre ne parle du coup pas uniquement de sa collection de vases grecs, et surtout italiotes. Il offre de courts chapitres sur le philanthrope, le mélomane, l’épicurien, l’amateur de sport et celui d’art. Selon un schéma traditionnel à l’époque, il fallait avoir un pied dans le Servette Football Club et l’autre dans la défense des gros contribuables internationaux pour devenir véritablement un roi de Genève.

Pierre Sciclounoff, que ses nombreux intimes surnommaient «Sciclou», était né à Sofia en 1925. Famille d’origine maltaise, installée en Bulgarie. Son père a cependant eu la bonne idée de s’installer chez nous en 1937. L’adolescent fera ainsi ses études à Genève, en commençant par le Collège Calvin. Ce sera ensuite l’ascension après une formation complétée aux Etats-Unis, ce qui se faisait encore peu à l’époque. Genève étant une ville d’affaires, à tous les sens du terme, les gros clients vont ensuite se manifester en commençant par Aristote Onassis. Célibataire impénitent, Pierre Sciclounoff leur réservera tout son temps. D’où un cabinet fréquenté aussi bien par Edward Kennedy que par les Rothschild genevois, le vieux Getty ou le commandant Paul-Louis Weiller.

Un ensemble aujourd'hui dispersé

Une telle clientèle va permettre à l’homme de mener grand train. La ville entière parlera des réceptions données par l’avocat. Elles accueillaient aussi bien des actrices (Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Audrey Hepburn…) que des archéologues, des musiciens (dont Herbert von Karajan) ou un confrère comme le chevalier du subjonctif Marc Bonnant. Sciclounoff avait son cuisiner à demeure. On vivait encore dans une autre époque, avec bijoux, robes longues et smokings. Une série de photos en témoigne dans le livre, hélas prises par des amateurs. Il y a aussi celle du bureau plat Louis XV où trônait le «livre d’or» d’une maison où tout se révélait en effet doré sur tranche.

Pierre Sciclounoff (à gauche) et le président du Comité olympique Juan Antonio Samaranch. Photo DR.

Le gros de l’ouvrage, vu le caractère de la publication, se voit cependant voué à la collection, aujourd’hui dispersée, de Pierre Sciclounoff. Il y a là des pièces très importantes, surtout pour la céramique d’Italie du Sud. Des créations monumentales (jusqu’à un mètre de haut!) souvent décriées par les puristes ne jurant que par les potiers attiques. Certaines pièces ont fini chez Hellas & Roma. L’association dépose son fonds dans un Musée d’art et d’histoire que Pierre Sciclounoff fréquentait peu. D’autres sont devenues la propriété de sa filleule. L’inventaire comprend aussi les «whereabouts unknown» pouvant se voir documentés par des photographies. Notons que, malade, Pierre Scicounoff s’était replié à la fin de sa vie au 14, rue des Granges. Il y avait eu en 1995 une vente parisienne de ce que son nouveau logis ne pouvait plus contenir. La chose s’était vue orchestrée par Me Tajan. La vacation s’intitulait «Collection d’un humaniste». Un choix d’angle de vision que suit le livre actuel, de type hagiographique.

Pratique

«Céramique de Grande Grèce et autre antiquités, Pierre Sciclounoff collectionneur et mécène 1926-1997», de Jacques Chamay aux Editions Slatkine, 220 pages.

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