Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Intox! L'Egypte a réussi à faire le "buzz" avec la découverte de quarante banales momies

L'archéologie constitue un bon moyen de faire parler de soi. L'ancien pays des pharaons a bien besoin de touristes. Une découverte très ordinaire s'est du coup vue promue comme un événement

Une partie des momies, simplement emballées dans des bandelettes.

Crédits: AFP

C'est de l'intox. De l'intox pure et simple. La découverte d'une quarantaine de momies se voit présentée par l'Egypte ce weekend comme une nouvelle sensationnelle. Et la presse internationale, convoquée sur place, embraie. Avec succès, d'ailleurs. Ce samedi, la "news" était la plus lue et la plus partagée du «Monde». «Le Figaro» a aussitôt contre-attaqué dimanche, comme si les archéologues avaient exhumé un deuxième Toutankhamon. Il n'y évidemment pas événement. Des momies, on en retrouve chaque jour depuis bientôt deux siècles. Pensez que sous le Nouvel-Empire et la Basse Epoque, toute personne ayant quelques revenus tenait à se faire traiter par un embaumeur après sa mort. L'éternité valait bien quelques dépenses somptuaires.

Il faut cependant considérer deux choses. Tout d'abord, comme la déesse vache Hathor dans l'Antiquité, l'archéologie est une vache à lait pour le pays. D'elle dépend une bonne partie de la manne touristique, même si d'aucuns préfèrent tremper leur arrière-train dans la Mer Rouge. Et des visiteurs, l'Egypte en a bien besoin depuis le «printemps arabe», qui a frappé très fort chez elle. Il faut du coup montrer que la nation se montre active sur le plan de l'égyptologie. «Le Figaro» le dit du reste clairement. «L'Egypte a longtemps été critiquée pour sa négligence et son manque de rigueur scientifique. Elle tient à prouver qu'elle prend soin de son patrimoine.» Ceci se situe en plus à quelques années de l'ouverture prévue et promise du grand musée près des Pyramides. Mais il faut aussi voir que les pharaons restent pour le peuple un thème identitaire. Ils marquent le moment où le pays dominait la scène internationale par sa puissance et sa culture. On a ainsi assisté, lors du fameux «printemps» de 2010 à une étonnante défense par les habitants du Musée égyptien du Caire, menacé de pillage.

Une sépulture familiale

La découverte actuelle a été effectuée dans un tombeau apparemment familial à Touna-el-Gebel, en Moyenne Egypte. Une région depuis longtemps fermée aux touristes en raison des dangers courus. C'est la partie la plus islamique, voire islamiste, du pays. Il y avait là une quarantaine de corps humains, plus ceux de quelques chiens, eux aussi embaumés. Le matériel reste pauvre. Quelques masques en carton peint. Pas de sarcophage à grand spectacle. L'ordinaire, quoi. Le ministre des Antiquités (quelle autre nation au monde possède un tel ministre?) parle d'ailleurs d'une sépulture de la petite bourgeoise de l'époque ptolémaïque. Je rappelle que la dynastie des Ptolémées, la dernière à avoir régné sur une Egypte indépendante, a pris fin en 30 av. J.-C. avec une certaine Cléopâtre. Je suppose que vous en avez entendu parler.

L'archéologie forme donc un bon moyen de faire parler de soi. Et en bien. Il se voit parfois utilisé par certains pays d'Amérique du Sud connaissant divers problèmes politiques, sociaux ou économiques (ou les trois en même temps). En Europe, la chose a été poussée à son point de perfection vers 2000 par les Bulgares, alors gouvernés par leur ancien roi Siméon, devenu un demi-siècle après son abdication forcée premier ministre. On découvrait quasi un trésor thrace en or toutes les semaines. C'était l'archéologie à travaux forcés.

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