Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Images" a distribué à Vevey ses Prix pour la photographie. Ils sont au féminin pluriel

La Sud-Africaine Lebohang Knanye remporte la principale récompense avec son projet de "Staging Memories" en noir et blanc. Il sera présenté ici en 2022.

L'une des images de la lauréate.

Crédits: Lebohang Kganye, Images, Vevey 2021.

Les années paires, c’est le festival. Les impaires, le concours. Comme nous sommes en 2021, «Images» de Vevey en arrive à la compétition biennale. Les résultats viennent de se voir communiqués. Ils se révèlent sans surprise. Le politiquement correct a pour le moins frappé le jury, placé sous la présidence de l’Américano-Nigérian Teju Cole. Sur les cinq récompenses à décerner, quatre sont allées à des femmes. La nouvelle parité. La cinquième va à un Sud-Américain proposant une vision décoloniale. Notez que pour une fois il s’agit ici de régler des comptes avec des «conquistadores» du XVIe siècle. Une diversion bienvenue.

Le Grand Prix va donc à la Sud-Africaine Lebohang Kkanye, 31 ans. La jeune femme, qui vit et travaille à Johannesburg, n’est pas une inconnue. Même pour les Vaudois. Certaines de ses œuvres ont déjà été présentées dans le cadre d’«Images». «Elle produira une installation monumentale questionnant la matérialité d’une photographie dialoguant avec le théâtre et la littérature.» Ce seront là des «Staging Memories». Le peu que j’ai vu de l’œuvre de Lebohang m’a paru très intéressant, avec un un beau travail de création en noir et blanc. Le choix me semble donc tout à fait se défendre, pour autant que j’aie ici mon mot à dire.

Pages déchirées

Avec le Prix du Livre, le verdict me laisse en revanche perplexe. Il est allé à Carmen Winant, 38 ans. L’Américaine déchire des pages illustrées des bouquins qu’elle consulte. Entendons-nous. Pas pour les détruire mais afin de les conserver sous forme d’archives personnelles. Les quelque 2000 feuilles qu’elle a conservées lui serviront de base pour un nouvel ouvrage. Un florilège, dont je saisis pour le moment mal l’intérêt. Tout se passera sans doute dans des rapprochements créatifs ou inattendus entre les pages retenues.

Stefanie Moshammer, une Autrichienne de 33 ans, a reçu une mention. Elle travaille avec «Her Sweet Poison» sur l’alcoolisme au féminin. Le Prix spécial du Jury va à la Péruvienne Paola Jimenez pour un livre dont le point de départ est le meurtre de son père, survenu en 1998 alors qu’elle restait enfant. Il ne me reste plus maintenant qu’à parler de l’homme, potiche ou non. Juan Brenner, un Guatémaltèque de 44 ans, va donc aborder les méfaits apportés par les Espagnols il y a près d’un demi millénaire, «mais dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.»

Choix d'intentions

Tout cela peut sembler convenu. C’est comme si les jurés avaient coché les cases justes, histoire que rien ne leur soit reproché plus tard. Il devient du coup permis de mettre en doute la pertinence des décisions, à part selon moi pour la principale lauréate. Les intentions deviennent trop visibles. Il y a du coup des moments où je me prends à douter qu’un Suisse, homme, blanc, hétérosexuel et intégré socialement puisse encore faire un gagnant comme ce fut le cas, il y a déjà bien quelques années avec Christian Lutz. Ou alors, cela deviendrait vraiment un coup d’audace!

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