Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Illustre marchand de tableaux, l'Américain Richard L. Feigen est mort à 90 ans

Ancien financier, l'homme avait commencé par l'art moderne. Puis il avait élargi son champ à la peinture ancienne. Il avait vendu à plus de 100 musées.

Richard L. Feigen et quelques-uns de ses primitifs italiens.

Crédits: DR.

Il est mort le 29 janvier. Autant dire que je prends du retard, en dépit de l’apparente inertie de l’actualité culturelle. Richard L. Feigen n’est bien sûr pas un nom connu du grand public. L’homme, qui vient de disparaître des suites du Coronavirus dans sa maison de la campagne new-yorkaise à 90 ans, a pourtant marqué le marché de l’art. Il faisait partie des grands commerçants (n’ayons pas peur des mots) de la peinture ancienne et moderne. Il constituait une référence comme ont pu l’être en la matière Agnew et Colnaghi naguère. Ou Trinity Fine Art et Matthiesen aujourd’hui.

Collectionneur dès l’enfance (1), ce natif de Chicago a commencé par un parcours dans la finance en sortant de Yale et Harvard. Il a ainsi travaillé pour les Lehmann Brothers et Goldman Sachs, avant d’œuvrer directement pour la Bourse de New York. Autant dire qu’il savait gérer des comptes. Puis le financier a voulu ouvrir une galerie. Sa première. C’était en 1957 à Chicago. Il avait donc 27 ans et, comme stock, sa propre collection. Au départ, la maison, qui se dotera d’une succursale à New York dès 1962, vendait de la peinture moderne. Feigen a ainsi représenté Jean Dubuffet, Joseph Beuys, Joseph Cornell et la succession de Max Beckmann. Un goût très européen en fait. Feigen a ouvert un second siège new-yorkais à Manhattan en 1965 avant de prendre pied à Londres. Le système commercial restait alors basé sur les galeries. Pas de foires. Peu de ventes aux enchères importantes.

Un goût marqué pour les primitifs italiens

Au fil des ans Feigen, qui aura vendu dans sa carrière à plus de cent musées, s’est sinon reconverti du moins diversifié. L’art ancien s’est mis à le passionner. L’amateur qu’il est toujours resté s’intéressait en particulier aux primitifs italiens, ce qui ne l’empêchait pas à l’occasion de participer avec des «classiques contemporains» à Art/Basel. Il gardait beaucoup de ces panneaux à fonds d’or des XIVe et XVe siècles pour lui, dans sa résidence new-yorkaise. Une partie de cette manne a passé sous le marteau (celui des enchères s’entend) l’an dernier. Feigen se restreignait au moment de son installation définitive, en tant que jeune retraité, dans sa demeure des champs.

Richard L. Feigen à ses débuts. Photo DR tirée du "New York Times".

Comment se fait-il que les musées aient tant acheté chez lui, et ce à des prix souvent exorbitants? Très simple. Tout d’abord, les conservateurs (qui ne sont pas des aventuriers) aiment à se «couvrir» en allant chez de grands marchands. Ils peuvent y négocier les prix. Leur interlocuteur accepte d’attendre des paiements, qui s’effectuent parfois en plusieurs tranches. Chez Christie’s ou Sotheby’s, il faut (en principe) régler tout de suite ses petites factures. Des liens se créent ainsi. Richard L. Feigen a ainsi fait plusieurs dons au «Met» de New York. Les petits cadeaux entretiennent l’amitié.

(1) Feigen parlait de lui-même comme d'"un collectionneur déguisé en marchand."

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."