Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Il y a un Botticelli de plus! Il était conservé dans un petit musée d'art sacré en Italie

Une journée de colloque autour de "La Vierge, saint Léon et saint Marin" a mis les experts d'accord. C'est bien une oeuvre du maître florentin, exécutée vers 1490.

Les experts et le tableau.

Crédits: Photo ANSA

Il y a un Botticelli de plus! Je vous rassure tout de suite. Le peintre florentin est bien mort en 1510. Il ne peut donc s’agir que d’une réattribution. Le coup est devenu classique. Le «corpus» d’un artiste va et vient au gré des «convictions profondes» des experts, comme en Justice. Les arrivées se voient ainsi souvent compensées par des départs. Il existe ainsi un noyau de Botticelli sûrs, en grande partie conservés aux Offices, et des satellites aux gravitations changeantes.

Pour Botticelli, il y avait déjà eu à Zurich l’affaire de la vente chez Schuler en 2019. Un portrait d’homme avait alors multiplié l’estimation par mille. Son acquéreur anonyme avait donc payé des millions. Le panneau, dont on reste sans nouvelles depuis, était connu depuis longtemps, mais non localisé. Il comporte de nombreux repeints. On verra la suite. Il s’agissait donc d’une réapparition. Schuler avait joué la prudence en ne donnant aucune garantie, mais la maison avait alerté un peu tout le monde.

A Valmarecchia

En Italie, le panneau est en revanche toujours resté bien visible. Mais je doute que les foules se soient jusqu’ici déplacées au Museo Diocesano d’Arte Sacra de Valmarecchia, même si la vallée d’Emilie-Romagne passe pour ravissante. Cette tempera sur bois, jusqu’ici donnée à un élève de Botticelli, reste par ailleurs bien sale. Elle a cependant éveillé l’intérêt d’Annalisa Di Maria, une spécialiste des mouvements néo-platoniciens dans la Toscane de la fin du XVe siècle. Attachée à la section de l’Unesco à Florence, la scientifique a ainsi monté un colloque d’une journée autour du tableau. La chose a eu lieu le 6 septembre 2020. Longs débats, mais décision rapide. Le 8, l’agence italienne ANSA pouvait déjà annoncer au monde la bonne nouvelle. Les experts s’étaient mis d’accord sur l’autographie de l’œuvre, remontant selon eux aux années 1487-1493.

A Valmarecchia. Photo TravelEmiliaRomagna.

Il n’y a plus maintenant qu’à trouver les fonds pour restaurer cette Madone entourée par Saint Léon et Saint Marin. «Elle mérite largement de se voir mise en valeur pour pouvoir être réellement admirée», a conclu Annalisa Di Maria. Affaire à suivre!

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