Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Il sort en Ecosse sa lampe de poche pour voir. Des gravures rupestres apparaissent....

Un archéologue semi-professionnel a fait une découverte importante en visitant un chantier préhistorique. Les entailles sont d'un genre très inhabituel.

Les cerfs, qu'on reconnaît à leurs bois.

Crédits: Historic Environment Scotland.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué. Mais, dans les nombreuses nouvelles archéologiques, c’est aujourd’hui la préhistoire qui domine. Elle fascine les chercheurs comme le public. Il y a bien sûr les dinosaures, qui ne datent pas d’hier. Mais pas seulement. La moindre trouvaille sur l’âge de la pierre taillée ou polie se voit ainsi répercutée aujourd’hui de manière internationale. Le lecteur doit toujours avoir l’impression que le mythe des origines va se retrouver bouleversé. Les Néandertaliens sont particulièrement en vogue, maintenant que nous savons posséder quelques-uns de leurs chromosomes.

Ce n’est pas d’eux qu’il s’agit cette fois dans cette nouvelle venue d’Ecosse. Une histoire bien anglaise, même si les deux pays réunis depuis 1714 semblent en ce moment au bord du divorce. Nous sommes dans le cairn Dunchaigaig. Je vous rappelle qu’un cairn constitue un monticule naturel ou une pyramide des pierres. Il y a là des fouilles portant sur la césure entre le néolithique et l’âge du bronze. Un certain Hamish Fenton se promenait par là. Il ne s’agit cependant pas d’un passant ordinaire. L’homme a beau se voir qualifié d’«amateur» par les dépêches. Il sort tout de même, dans le domaine archéologique, avec un diplôme de l’Université de Bornemouth. Autant dire qu’il a pu obtenir de visiter le chantier.

Cinq cerfs

Et là, qu’est-il arrivé? En allumant sa lampe de poche, Hamish a créé une lumière rasante. Sont apparus sous la dalle du toit des motifs que les professionnels sur place n’avaient pas remarqués. Ils représentaient non pas un, mais cinq cerfs. Deux adultes et trois petits. Les bêtes s’identifiaient facilement. Une chose étonnante. Normalement, les gravures rupestres de ce genre restent très abstraites, ou du moins schématiques, dans la région. Ces entailles ayant entre 4000 et 5000 ans, les spécialistes vont sans doute se voir amenés à changer leurs opinions sur cette période obscure. Tertia Barnett, qui coordonne les études sur le site, a immédiatement ordonné une empreinte 3D pour que son équipe puisse faire ses observations en paix.

On voit, ce qui semble inconcevable sur le Continent, qu’au Royaume-Uni des amateurs peuvent encore jouer un rôle. L’archéologie anglaise n’a pas ce côté régalien qu’elle possède en France, en Italie ou… en Suisse. Une trouvaille fortuite, ou permise par un détecteur de métal, rend ainsi son inventeur en partie propriétaire. Une chose qui incite les amateurs à annoncer officiellement leurs découvertes, et non à les cacher pour vendre leurs trouvailles au noir. L’État rachète parfois des choses, en mettant ces gens en valeur. Nos professionnels trouveraient cela choquant. Presque immoral. Il s’agit aussi d’une solution.

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