Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Il Giornale dell'arte" offre son numéro d'avril 2020 gratuitement en ligne

Le mensuel a réussi à paraître. Il n'a pas changé un iota à son contenu. Toutes les rubriques sont présentes. Ce numéro manifeste se veut foncièrement positif.

Le haut de la première page du numéro d'avril

Crédits: Il Giornale dell'arte

C’est le numéro 407. Je ne m’attendais pas à le voir paraître, du moins sur papier. L’édition d’avril 2020 d'«Il Giornale dell’arte» se trouve pourtant dans les kiosques italiens. En pleine pandémie, dans un pays qui en a formé un temps l’épicentre! Le numéro me semble certes un peu plus mince que d’habitude. Son corps central n’en compte pas moins 52 pages, avec nombre de publicités en soutien. Le paquet ficelé (le tout se voit depuis longtemps vendu sous cellophane) comprend par ailleurs le supplément «Vernissage» avec l’artiste contemporain Oscar Murillo en couverture. Le Colombien fait l’objet d’un long entretien à l’intérieur. Il y a aussi le «Giornale delle mostre». Comme celles-ci sont aujourd’hui fermées, il s’agit de «visites à huis-clos». «Tous en ligne»! Les pages habituelles portant sur le tourisme culturel dans une Région déterminée du pays ont cependant disparu. Logique…

Je vous ai déjà souvent parlé de ce mensuel fondé à Turin dans les années 1980 par les éditions Umberto Allemandi. J’y ai travaillé au début, pour la partie suisse. L’ordinateur restait alors dans les limbes. Il y avait le fax. J’allais parfois voir, dans des bureaux vétustes de l’autre côté du Po, la signora Gianna Marini. Une Italienne comme je les aime. Voix grave. Décolletée. D’énormes bijoux. La cigarette éternellement à la main. Son bureau ressemblait à une fumerie d’opium. J’aimais beaucoup Gianna Marini, depuis longtemps retraitée, qui coordonnait des collaborateurs écrivant d’un peu partout. L’Italie ne forme pas comme la France un pays centralisé. Ses auteurs n’ont donc pas dû se sentir dépassés quand ils se sont tous mis au «homeworking» (c’est comme cela qu’on dit en italien) le 9 mars. Ils ont depuis continué «à fournir leurs prestations normales.»

Sobriété générale

C’est ainsi que le contenu actuel s’est produit et qu’il s’est mis en page avec les illustrations voulues. Bien mieux apparemment que ceux des éditions française et anglaise (1). Pour ce qui est des versions chinoise, russe, espagnole ou grecque, je ne sais pas. Le «Giornale» se présente donc comme d’habitude. Titre général sobre: «L’art en quarantaine». Aucun de ces catéchismes de la peur me rendant en ce moment la presse quotidienne française insupportable. Toutes les rubriques se voient remplies, de l’archéologie au livre, en passant par le marché de l’art et les restaurations en cours. Il y a des articles de fond comme des petites nouvelles. Certaines apparaissent plus qu’intéressantes. Il me semble probable que je vais puiser à l’avenir dedans, comme pour l’affaire Tolornia à retombées genevoises publié aujourd'hui un cran plus haut dans le déroulé de ce blog.

La couverture de "Vernissage", avec le portrait d'Oscar Murillo. Photo DR.

Le «Giornale», qui possède bien sûr son site quotidien, a fait mieux que simplement sortir de presse. Il a décidé d’offrir l’intégralité de cette publication d’avril à tous les internautes. Abonnés ou non. Vous entrez. Vous tapez sur l’icône du corps central, celle de "Vernissage" ou celle du «Giornale delle mostre». Les pages apparaissent l’une après l’autre. Attention! Il ne s’agit pas d’une version destinée à l’ordinateur ou à la tablette. Le lecteur doit descendre le long des colonnes, remonter, zonzonner autour des photos et chercher la suite. La presse italienne, qui ne limite pas comme chez nous la longueur des articles, expulse du coup leur fin dix ou vingt pages plus loin. Il y a même parfois des queues de comète. Le renvoi du renvoi. La chose rend déjà la consultation sur papier difficile. Je vous laisse imaginer ce qu’il en est sur l’écran.

Un geste généreux

Le geste a cependant quelque chose de généreux et surtout d’ouvert sur l’avenir. Une chose dont la presse française semble en ce moment bien incapable. Les gens meurent, mais la vie ne s’arrête pas. On peut même parfois encore polémiquer. Ce numéro se veut foncièrement po-si-tif.

(1) La version anglaise du «Giornale» est davantage tournée sur la création contemporaine et surtout le marché. La française, la seule bimensuelle, ne m’a jamais enthousiasmé. Je ne dois pas être le seul. «The Art Newspaper», enrichi par les contributions d’excellents auteurs français, paraît désormais dans notre langue chaque mois en gardant son titre anglais.

Pratique

Le site: www.ilgiornaledellarte.com

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