Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"(Horizons)" raconte au Château de Nyon le premier semi-confinement en photos

Treize membres de l'association Focale et treize de leurs membre de soutien ont mis en images leur quotidien ce printemps, alors qu'il faisait "scandaleusement beau" dehors.

François Schaer a regardé le soleil jouer avec les murs de son appartement.

Crédits: François Schaer

Que faire quand il n’y a rien à faire? C’est la question que sont sont posée dix photographes de l’association Focale, qui s’occupent à Nyon du plus ancien lieu suisse voué au 8e art. J’ai nommé la Galerie Focale, place du Château. Treize des «membres de soutien» ont procédé à la même réflexion. Pourquoi ne pas continuer pendant le semi-confinement de ce printemps à prendre des images chez soi, avec ou sans ses proches? Ne serait-il pas possible aussi de montrer, lors d’une sortie, la ville aussi vide que celles jadis peintes par Giorgio de Chirico? Ou alors les bois, qui se sont eux curieusement peuplés à ce moment? Je connais bien des gens se promenant aujourd’hui encore sous les sapins, comme si leur verdure offrait quelque chose de plus «safe»…

Un collage de caméras de surveillance dans le monde proposé par Niels Ackermann. Photo Niels Ackermann.

Une exposition était concevable à partir de ce matériau. Elle se déroule aujourd’hui au Château de Nyon, dont elle occupe le premier étage sous celui voué aux porcelaines (1). La chose se nomme («Horizons»). Vous avez noté que ceux-ci se voient mis entre parenthèses. La mise sous cloche du pays (dont l’économie se voyait au même moment placée dans un poumon d’acier) dégageait alors un aspect étrange, mais inconnu et résolument provisoire. On parlait alors du «monde d’après». C’était avant la fameuse «deuxième vague» qui s’éternise, finissant par donner l’idée d’un enfermement devenu normal et d’un arrêt définitif. J’ignore ainsi, alors que l’exposition du Château s’apprête à se retrouver elle aussi bouclée pour motifs sanitaires, si d’autres photographes (ou les mêmes) se sentent aujourd’hui incités à poursuivre leur tâche. Notez qu’il y en a bien, en Suisse romande, qui livrent sur un site spécialisé «Une photo par jour» depuis des années!

Quelques symboles

Mais qui sont ces artistes? Des gens connus, et d’autres travaillant silencieusement dans leur coin. Xavier Voirol s’est occupé il y a très longtemps de Focale. Ce perfectionniste se concentre ici en noir et blanc sur les objets. Membre du collectif Lundi13, titulaire du Swiss Press Award en 2016, Niels Ackermann est allé regarder depuis chez lui ce que disaient les caméras de surveillance livrées, comme en libre service, à travers le monde. Un voyage comme un autre. François Schaer a vu jouer le soleil sur les murs de son appartement tout blanc, lors ces mois de mars et avril, «où il faisait scandaleusement beau». Robert Ramser n’a pris qu’une seule image. Heureusement que c’est la bonne! Tiré en très grand, ce carré coloré montre un crépuscule étincelant sous un énorme nuage noir. Olivier Lovey a lui immortalisé une fenêtre. Elle se retrouve à Nyon tirée sur bâche, au milieu d’un paysage. Voilà qui lui confère un air d’ouverture et de fermeture sur le reste du monde. On joue parfois à («Horizons)» fortement du symbole.

Guillaume Perret s'est promené en famille. Il donne ici aussi dans le symbole avec son fils. Photo Guillaume Perret.

La mise en scène, dans ce qui forme finalement un appartement à l’ancienne, reste sobre. Aucun cartel par exemple. Qui a fait quoi? «Who’s who»? Allez savoir! Il faut consulter les deux listes mises à la disposition du public. Ce petit jeu ne se révèle pas toujours payant. La curiosité s’émousse souvent rapidement, d’autant plus que tout n’apparaît pas ici génial. Et de loin. Reste l’ambiance créée par la juxtaposition de ces clichés, dont plusieurs tirages se voient collés sur les murs (ou sur de grands plots carrés servant de tables) à la manière de papiers peints. Il y a, comme on aurait dit dans un film français d’avant-guerre, une «atmosphère» (2).

(1) Je vous rappelle que cet étage des porcelaines de Nyon vient de bénéficier d’une nouvelle présentation, très réussie.
(2) Un mot immortalisé par une réplique d’«Hôtel du Nord» en 1939.

Pratique

«(Horizons)», Château, place du Château, Nyon, jusqu’au 21 février. Tél. 022 316 42 73 ou 022 361 09 66. Sites www.focale.ch ou www.chateaudenyon.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 17h. La galeries Focale, en face sur la place, est accessible du mercredi au dimanche de 14h à 18h. Entre le moment où j'ai posté cet article et sa publication, les musées vaudois ont refermé pour la troisième fois. En principe jusqu'au 22 janvier. Mais qui sait?

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."