Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

HOMMAGE/Virtuose du fil et du vide, Pierrette Bloch s'est éteinte à 89 ans

Crédits: Pierrette Bloc/Galerie Karsten Greve, Paris

La disparition remonte au 7 juillet déjà. On ne peut pas dire qu'elle ait soulevé des tempêtes médiatiques. Rien à voir avec celle de Louise Bourgeois à qui la plasticienne fait parfois penser, du moins sur le plan de la carrière tardivement reconnue. Un petit hommage ne semble donc pas de trop pour Pierrette Bloch, dont les Romands auront souvent eu l'occasion de voir les créations. L'artiste figure parmi les préférées de la galeriste Rosa Turetsky à Genève. Elle avait aussi eu droit à une belle rétrospective au Musée Jenisch de Vevey en 2013-2014. 

Pierrette était née d'une famille suisse à Paris, en 1928. Elle a toujours vécu en France, sauf durant les années de guerre, quand les siens s'étaient replié de ce côté de la frontière pour d'évidentes raisons. Rentrée dans la capitale, elle avait été l'élève dès 1947 d'un beau peintre néo-classique aujourd'hui revenu en grâce, Jean Souverbie, et du plus moderniste André Lhôte. C'est cependant la rencontre en 1949 avec Colette et un Pierre Soulages restant un inconnu en quête d'une voie qui se révélera déterminante. L’œuvre de Pierrette demeurera en noir et blanc, avec une abstraction épurée jouant toujours des pleins et des vides. Avec une certaine préférence pour ces derniers, il faut le dire. Il y a quelque chose d'elliptique chez Pierrette Bloch.

Reconnaissance tardive

L'artiste expose pour la première fois en 1951. Rien de tonitruant. Ce n'est du reste pas son genre. Pierrette donne plutôt dans une petite musique de chambre... et de chanvre. L'un de ses travaux les plus connus reste en effet les tricotages de fils (parfois du crin aussi) qu'elle entreprendra en 1984. Avant cela, la femme avait donné de nombreuses «écritures», faites sur du papier tantôt noir, tantôt blanc. Il est aussi permis de penser à des portées de partition. Une partition comportant parfois davantage de silences que de notes. Nous sommes ici très loin du côté ostentatoire et monumental de l'art contemporain.

La création de Pierrette Bloch a tard connu une visibilité nationale, puis internationale. En 1999, le Musée de Grenoble lui rend hommage. Dix ans plus tard, c'est le Musée Fabre de Montpellier. En 2002, le Centre Pompidou. Rien à voir avec l'adulation entourant aujourd'hui Pierre Soulages, promu icône française. Son amie restait confinée au Cabinet graphique de Beaubourg. Le MoMA de New York s'est alors intéressé à elle. Succédant à la sage Galerie de France, les grands galeristes aussi. Frank Elbaz, puis Karsten Greve. C'est ce dernier qui aura accueilli début 2017 la dernière présentation de pièces en sa présence de Pierrette à Paris. Un accrochage au titre insolite: «Un certain nombre d’œuvres, 1971-2016». 

Photo (Pierrette Bloch/Galerie Karsten Greve, Paris): Une œuvre caractéristique de l'artiste disparue.

Texte intercalaire.

 

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