Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Histoire de Genève. Des livres sur le Collège, Alfred Dumont et Jean-Alphonse Turrettini

Il se publie toujours autant d'ouvrages sur le passé de notre ville. Voici trois publications un peu confidentielles. Les 400 ans du Collège en 1959, c'est déjà loin...

L'un de nombreux dessins de voyage d'Alfred Dumont.

Crédits: Société des Arts, Genève 2019.

Ils ne sont pas du jour, comme les œufs, mais ces livres ne visent pas à l’actualité. Ils traitent chacun à leur manière de l’histoire genevoise, dont l’une des grandes dates (1813) se situe un 31 décembre. Je vous a donc réuni trois ouvrages dormant depuis longtemps sur ma table de nuit. Ils prolongent mon entretien (situé une case plus haut dans le déroulé de cette chronique) avec Eric Golay. Le spécialiste de la révolution genevoise de 1792-1794 s’exprime à l’occasion de la réédition de son gros livre sur la question.

Regards croisés sur les arts à Genève, 1846-1896. En février 2018 se tenait à l’Athénée un colloque. Il accompagnait une exposition consacrée à Alfred Dumont (1828-1894). L’homme, dont bien des œuvres (avant tout des dessins) ont fini à la Société des Arts, demeurait jusque là un parfait inconnu. Un inconnu voyageur ayant entrepris sur le tard un étonnant tour du monde en 1891. L’homme avait été en liens étroits avec le monde artistique non seulement local, mais national, avec le réseau de relations que la chose suppose. Il dégageait donc quelque chose d’aéré. D’ouvert. Aujourd’hui proposées sous forme de livre mené à bien par Sylvain Wenger et Frédéric Hueber, les interventions ont du coup couvert un champ assez large. Il est aussi bien question de Barthélémy Menn que d’Albert Silvestre ou d’Edmond-Georges Reuter. De quoi faire parcourir au lecteur, pour lequel les textes ont été rabotés et polis par leurs auteurs, le monde de la peinture, de l’architecture et des arts décoratifs. La tranche abordée va de 1846, année de la révolution radicale, à 1896, date de l’Exposition nationale sur la plaine de Plainpalais. Certaines participations se révèlent plus intéressantes que d’autres. La loi du genre… (Georg, 280 pages)

Le Jubilé. En 1959, Genève fêtait les 500 ans de son Collège, fondé par un Calvin alors quinquagénaire. L’anniversaire a pris des proportions que l’on éprouve de la peine à imaginer aujourd’hui. Luc Weibel, 15 ans à l’époque, a retrouvé la volumineuse collection de coupures de presse qu’il avait constituée il y a soixante ans, guidé par «l’importance de la circonstance». Il les a relues, avant de nous les restituer dans une perspective devenue historique. Le monde en général, et donc Genève en particulier, a incroyablement changé en six décennies. La société, alors rigoureusement blanche, était bien sûr déjà laïcisée. «Mais en cette année jubilaire, l’université avait élu à sa tête un théologien.» La célébration a donc commencé par un culte (protestant, bien sûr!) à Saint-Pierre, avant se muer en fête académique avec d’innombrables participants. Nul n’imaginait alors que cet univers hérité des siècles passés allait disparaître bien vite après 1968. Personne ne savait que cet événement, «qui avait absorbé en mai et juin Genève tout entière», resterait une queue de comète avant la contestation sociale et la civilisation des loisirs. L’auteur finit par une comparaison avec la manière dont la presse locale a traité en 2009 les 500 ans de la naissance de Calvin. Je fais là une apparition. Dans le rôle du méchant, bien entendu! (Editions Nicolas Junod, 123 pages)

Jean-Alphonse Turrettini, 1671-1737. Longtemps considéré comme terne, le XVIIe siècle genevois avait été un temps de crispation théologique. La pensée de Calvin s’était cristallisée, avec ce que cela suppose de minéral et de froid. Ajoutez à cela des querelles de chapelle, même si nous sommes dans le monde protestant. Il fallait réagir. C’est ce qu’a fait Jean-Alphonse Turrettini, né dans l’un des plus riches familles patriciennes. Fils de théologien, il tuait pourtant le père, qui se réclamait de la plus rigide orthodoxie. Durant sa carrière, Jean-Alphonse va tendre à une religion dépouillée de ses carcans. Bien qu’arrivant tôt dans le siècle, il fera de Dieu un personnage des Lumières. On peut parler de christianisme raisonnable, dans la mesure où la raison y tient un grand rôle. Une vision qui ne l’a pas empêché de rester traditionnel sous d’autres plans, notamment politiques. Depuis des décennies, Maria-Cristina Pitassi s’est faite la spécialiste de l’homme et de l’œuvre. Elle en a notamment publié la correspondance. L’actuel ouvrage tient du recueil. Il contient, réparti en trois sections, des textes rédigés entre 1988 et 2009. La philosophie (la partie la plus difficile pour le lecteur moyen dont je suis) précède ainsi le contexte genevois et le réseau européen. (Editions Honoré Champion, 279 pages)

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