Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Hervé Fischer nous raconte dans un gros livre "Les couleurs de l'Occident"

L'historien, sociologue et artiste brasse très large de l'âge des cavernes à aujourd'hui. Le lecteur s'y perd un peu.

Tout a commencé du temps de la Grotte de Lascaux.

Crédits: DR

Il y a des sujets dans l’air. Et cet air se révèle coloré. Je viens de vous parler de «Jaune» de Michel Pastoureau. Une nouvelle teinte pour l’historien, qui a déjà cartonné avec «Bleu», «Noir» ou «Rouge». Voici qu’Hervé Fischer sort tout en un. Son gros volume, paru dans la prestigieuse «Bibliothèque illustrée des histoires» de Gallimard, contient «Les couleurs de l’Occident»dans leur intégralité, et cela de la préhistoire au XXIe siècle.Accrochez vos ceintures! Le parcours va être rapide. Il s’est passé beaucoup de choses depuis l’art pariétal.

Qui est Hervé Fischer? Eh bien ce Franco-Canadien de 78 ans peut se targuer de coiffer de nombreuses casquettes. Il se veut artiste, philosophe,sociologue et écrivain. L’homme a ainsi une vingtaine de livres à son actif. Ou à son passif, c’est selon. Il entend ici tout brasser. L’ouvrage constitue en effet pêle-mêle une histoire de la couleur dans les arts (avec ici bien sûr des pointes au moment du fauvisme ou du pop), un récit montrant la matière dont les différentes tonalités sont perçues selon les époques et enfin leur aspect social. Les tons se voient en principe codifiés, même si nous connaissons aujourd’hui une relâche des contraintes. Nous sommes avec eux «entre rationalisation et irrationalité, contrainte et liberté».

Méandres de la pensée

L’auteur se perd un peu dans ses propres méandres de la pensée. Il égare du coup souvent son lecteur avec lui. L’ouvrage propose trop de pistes, souvent contradictoires. Un seul exemple. Je le choisis dans le présent. De nos jours, la couleur apparaît universelle, comme jadis le Petit Larousse. La photo est en couleurs. La TV est en couleurs. Le cinéma est en couleurs. Du coup, ces dernières se font toujours plus discrètes. Plus effacées.

Fischer peut du coup citer deux auteurs ayant senti ce passage au «tout-couleur» et sa banalisation. Pierre Bergognioux parle de l’arrivée du polychrome au début des années 1960 «avec des matériaux nouveaux, des bruits nouveaux, des procédés nouveaux.» Quelques années plus tard,Michel Albert-Vanel nous annonce sa mort sur le plan pratique. «La démocratie va-t-elle de pair avec la décoloration? Partout où l’on porte les yeux, le noir, le blanc, le gris dominent. Si cela continue nous aurons l’air de pingouins sur la banquise!» Je ne sais de quelle année date cette dernière citation. Fischer ne le précise pas. Mais le processus a continué depuis. Alors, la couleur est-elle encore une réalité ou constitue-t-elle une simple virtualité physique?

Pratique

«Les couleurs de l’Occident» d’Hervé Fischer, aux Editions Gallimard, 509 pages.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."